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Di: RFI
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Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

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  • Est du Sénégal: Kidira, face à la peur d’une contagion du conflit malien [3/5]
    Feb 24 2026

    L’est du Sénégal face au risque de la contagion jihadiste, suite de notre série de reportages. Direction Kidira, dernière ville du Sénégal, sur la route qui relie Dakar à Bamako. Depuis que des jihadistes ont attaqué le poste-frontière côté malien à un kilomètre de Kidira en juillet dernier, la surveillance a été renforcée côté sénégalais. Il n'empêche, la population de cette ville frontalière vit dans la crainte d’une extension du conflit.

    De notre correspondante de retour de Kidira,

    Assis à l’ombre d’une cahute en bois, le toit recouvert de pailles, une vingtaine de personnes attend que les taxis collectifs se remplissent direction l’ouest du Sénégal, une matinée ordinaire à la gare routière de Kidira. Ibrahima, qui vend des tickets, n’est pas inquiet de la proximité de la frontière malienne à tout juste 200 mètres : « Nous, on a la sécurité. Sur le pont, là-bas, il y a des policiers. Si tu passes, on te demande ta carte d’identité, sans ta carte tu te fais refouler. »

    Le pont qui passe au-dessus de la Falémé, un affluent du fleuve Sénégal, est tout ce qui sépare Kidira de sa jumelle au Mali, Diboli. Mais dans cette zone surnommée le Sénémali, tant les populations sont liées, le sujet de la sécurité ne laisse personne indifférent, comme l’explique Lia Waso qui vend des bouteilles d’eau aux voyageurs : « Diboli et Kidira, c’est presque la même ville, c’est à moins d’un kilomètre et demi. Donc, la situation, là-bas, les attaques et l’insécurité, ça nous fait mal. On a des parents de l’autre côté et d’autres qui vivent ici, donc on espère que ça va s’améliorer. »

    À écouter aussiEst du Sénégal : le portrait d'un chauffeur malien, rescapé d'une attaque jihadiste [1/5]

    Le traumatisme de l’attaque du 1er juillet

    Une proximité qui est aussi source d'insécurité, comme le raconte Aïssatou qui tient la cantine à côté de la gare routière : « Toi, tu t’assois et tu entends "panpan, pan", ça fait peur. » Aïssatu fait référence à cette attaque du 1er juillet quand les jihadistes ont tiré sur le poste frontière de Diboli à moins d’un kilomètre. Depuis, tout le monde en convient, la sécurité a été renforcée. Un blindé surmonté d’une mitrailleuse est posté en permanence à la frontière côté sénégalais. L’armée patrouille en ville, mais une nouvelle attaque du Jnim, fin janvier, à une trentaine de kilomètres à peine du Sénégal, ravive l’anxiété.

    « Nous, les mamans, on n’est pas tranquilles. » Djeinaba, née et grandie à Kidira, a peur : « Les jihadistes, l’autre jour, ils sont venus ici, ce n’est même pas loin. Ils ont brûlé des camions-citernes, plus de 12 chauffeurs ont été tués. On a bien sécurisé les frontières. Le Garsi est là, les gendarmes sont là, la police, on a tout augmenté, mais quand même, jusqu’à présent, on a peur, car on n'est pas loin, on ne sait pas quel jour ils vont venir. Les jihadistes, ils peuvent même déjà être ici, car de Diboli à Kidira, tu peux venir à moto ou même à pied. »

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    Une frontière qui continue de vivre malgré tout

    En ville, aucun responsable local ne souhaite s’exprimer sur l’épineux sujet de la sécurité, tant la proximité du Mali et la crainte d’éventuelles représailles sont fortes. Pendant ce temps, à la frontière, policiers, gendarmes et agents de la douane sont assis côte à côte à l’ombre des arbres. De chaque côté du fleuve, piétons et vélos traversent, ainsi que des camions, presque comme si de rien n’était.

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  • Est du Sénégal: les routiers en première ligne face au conflit [2/5]
    Feb 23 2026

    L’est du Sénégal face au risque de la contagion jihadiste, suite de notre série de reportages. Direction Kidira, dernière ville du Sénégal, sur la route qui relie Dakar à Bamako. Depuis que des jihadistes ont attaqué le poste-frontière côté malien à un kilomètre de Kidira en juillet et, pour la première fois, des chauffeurs routiers sénégalais en septembre dernier, la surveillance a été renforcée côté sénégalais. Mais côté malien, sur la route qui approvisionne Bamako chaque jour en denrées ou biens importés, les chauffeurs routiers sont en première ligne face au conflit.

    De notre correspondante de retour de Kidira,

    Ce matin-là, ils sont une trentaine de chauffeurs routiers rassemblés à l’entrée du parking pour gros porteurs. Dernière halte avant la frontière et le Mali à 600 mètres de là. Particulièrement mécontents, comme Koné Tiemoko : « On en a marre ! Il y a des camions qui nous doublent pendant que nous, on est là coincés depuis quatre jours, on veut qu’ils nous disent pourquoi ! »

    Entouré de centaines de camions et de semi-remorques garés en plusieurs rangées, ce chauffeur malien se dit plus préoccupé, ce jour-là, par les tracasseries subies sur le trajet au Sénégal, plutôt que par les enjeux de sécurité au Mali. Koné Tiemoko : « Attaqué sur la route ? Non, tu sais, c’est mon travail, si je laisse ça, comment les enfants vont faire pour aller à l’école ? Il faut que je prenne la route. La route, c'est risqué, mais que faire ? On est obligé de le faire, et tant que ton jour n’est pas arrivé tu ne vas pas mourir ! »

    Garé un peu plus loin, Malick Dieng, qui transporte un conteneur chargé de médicaments et de vêtements destinés à Bamako, confirme la présence des jihadistes sur la route, mais refuse d’être inquiet : « Oui, il y a des gens qui contrôlent, mais ils contrôlent des pièces. Si vous êtes des Sénégalais, on dit oui, nous sommes des Sénégalais, on nous laisse passer. Tu ne peux pas dire que c'est l’armée, non. On ne peut pas chercher ça, non, ce n'est pas notre rôle. Si la voie est libre, tu passes, il n'y a pas de problème. »

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    Malgré les risques, un métier impossible à abandonner

    Entre 500 et 1 000 véhicules franchissent chaque jour la frontière entre les deux pays pour approvisionner Bamako depuis le port de Dakar. Dem sillonne depuis neuf ans : « Sénégal, Mali, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Adidjan... » Accroupi à l’ombre de son camion, il confirme, sans vouloir entrer dans les détails, une dégradation depuis trois ans. « Il n'y a plus de sécurité, c’est devenu trop dangereux. C'est un peu compliqué, mais il n'y a plus de sécurité. »

    Le 4 septembre dernier, l’attaque inédite et l’enlèvement de six chauffeurs routiers sénégalais près de la frontière ont changé la donne pour Modou Kaire. Cet ancien chauffeur est membre de l’Union des conducteurs routiers de l’Afrique de l’Ouest depuis plus de trente ans : « Au début on nous parlait de banditisme transfrontalier, on entendait parler de ces attaques vers Tombouctou, Gao, Kidal... Aujourd'hui, on en parle à moins de dix kilomètres de chez nous et ça nous fait vraiment peur. Quand une case brûle et que c'est la case du voisin, il ne faut pas dire "non, je n’interviens pas parce que ce n'est pas la mienne, c'est la case du voisin". »

    Si les autorités sénégalaises assurent avoir renforcé leur présence militaire le long de la frontière avec le Mali, Modou Kaire, lui, plaide pour des contrôles renforcés, des motos notamment, pour éviter des risques d’infiltrations et un plus grand soutien aux chauffeurs routiers.

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  • Est du Sénégal: le portrait d'un chauffeur malien, rescapé d'une attaque jihadiste [1/5]
    Feb 22 2026
    L’est du Sénégal face au risque d’une contagion jihadiste : premier volet de notre série de reportages. Depuis septembre et le blocus sur le Mali décrété par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans affilié à al-Qaïda, le Jnim, les camions-citernes sont systématiquement attaqués. Le 29 janvier dernier, lors d’une attaque du Jnim entre la ville malienne de Kayes et la frontière du Sénégal sur un convoi de camions-citernes, au moins 16 chauffeurs routiers ont été exécutés. Une nouvelle attaque traumatisante pour les professionnels du secteur, en première ligne dans ce conflit. De notre correspondante à Dakar, Son pied gauche toujours enroulé dans un bandage, Seydou se souvient du 29 janvier et de sa course effrénée quand, peu après 10 h, sur la route de Kayes au Mali, à moins de 30 km du Sénégal, des tirs retentissent en tête du convoi de 60 camions-citernes escorté par l’armée. « Quand ils ont commencé à tirer à l’avant du convoi, tous les camions se sont arrêtés, se rappelle le jeune homme. Il y avait des tirs dans tous les sens, chacun a essayé de se sauver, certains vers le village, d’autres dans la brousse, d’autres se sont réfugiés sous les véhicules ou cachés dans des trous. C’est là qu’ils m’ont trouvé. » « Ils », ce sont les jihadistes du Jnim qui ont revendiqué cette énième attaque, à 42 km de la ville de Kayes, au Mali. Ce 29 janvier, ils ne s’en sont pas pris qu’aux forces armées maliennes mais aussi aux chauffeurs des camions-citernes. « Ils étaient 16 ou 17, ils nous ont arrêtés. Ils nous ont dit de ne pas fuir, qu’ils n’avaient pas besoin de nous, que c'étaient les autorités qu’ils cherchaient, témoigne Seydou. Mais ils nous ont dit que si on se levait, on prendrait une balle. On est restés couchés presque jusqu’au soir pendant que les assaillants pointaient leur fusil sur nous. À un moment, ils nous ont demandé de les suivre… Ils nous ont finalement libérés au bord de la route. J’ai eu tellement peur, car même couché, autour de moi je voyais les balles filer, je pensais que j’allais y rester et que c’était terminé pour moi. » À lire aussiAu Mali, l'approvisionnement en carburant plie mais ne rompt pas « Ras-le-bol de voir des conducteurs braqués, tués, blessés » Terrorisé, une fois relâché par les jihadistes, Seydou reprend sa course à travers la brousse en direction de Diboli. La ville la plus proche se trouve à une trentaine de kilomètres, elle est située sur la frontière avec le Sénégal. Les pieds ensanglantés, il arrive épuisé à l’hôpital, incapable de marcher, avant d’être recueilli par son syndicat, l’Union des conducteurs routiers de l’Afrique de l’Ouest. « Ce n’est pas la première ou la seconde fois, ras-le-bol de voir des conducteurs, qui ne sont ni de près ni de loin mêlés à ces affaires de l’État, de les voir braqués, tués, blessés », enrage Modou Kaire, inspecteur du syndicat de l’Union des conducteurs routiers de l’Afrique de l’Ouest. Ce 29 janvier, 16 chauffeurs routiers seront tués, certains égorgés et leurs corps laissés sur le bord de la route. Ils sont finalement enterrés deux semaines plus tard, le 11 février, après que les chauffeurs de camions-citernes maliens ont menacé de faire grève. Seydou, dont l'employeur est décédé lors de l’attaque, a un message à faire passer : « Je demande aux jihadistes de réfléchir avant de tuer des personnes innocentes qui font tout pour faire vivre leur famille. C'est vraiment décourageant, car ce sont des gens qui cherchent juste à nourrir leur famille. » Dès qu’il sera remis, le jeune apprenti de 24 ans prévoit lui aussi de reprendre cette route entre Dakar et Bamako, malgré la peur et un salaire de moins de 50 000 francs CFA. À lire aussiMali: cibles d’attaques jihadistes, des chauffeurs routiers appellent à un arrêt de travail
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    3 min
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