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Le regard d'Ahmed Newton Barry

Le regard d'Ahmed Newton Barry

Di: RFI
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Le coup d’œil aiguisé sur l’actualité de la semaine d’un observateur aguerri des soubresauts du monde. Ancien présentateur du 20h de la RTB au Burkina Faso, Ahmed Newton Barry démissionne en 1998 pour protester contre l'assassinat du journaliste Norbert Zongo. Il est le co-fondateur en 2001 du journal d'investigation l'Événement où il s'applique à défendre son slogan : « l'information est un droit ». Chaque semaine, Ahmed Newton Barry analyse un fait marquant de l'actualité internationale et sa résonance avec le Continent.

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Politica e governo
  • UA: le refus d'avaliser «le blanchiment des putschs militaires», une proclamation ou un tournant?
    Feb 21 2026

    C’était, le samedi 14 février dernier, oints du suffrage universel, pour leur première participation à la grande messe continentale, Doumbouya et Oligui s’attendaient à un accueil d’académiciens, ils ont été mis au pilori. Un bizutage en bonne et due forme.

    Joâo Lourenço, l’Angolais et président sortant de l’Union, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Ancien militaire, régulièrement venu à la politique par une élection démocratique, qui mieux que lui pour réciter aux nouveaux convertis, l’égrégore de la nouvelle fraternité qu’ils viennent d’intégrer.

    Cependant, à bien considérer, le discours totémique s’adressait sans doute à d’autres, ceux qui pourraient être tentés, sachant qu’au bout et après des simulacres d’élections, ils pourraient intégrer le syndicat. Arracher le graal ! Aux audacieux, dit-on, la chance sourit, mais il ne faut jamais laisser longtemps l’échelle sur le mur, pour éviter de faire des émules. C’est le sens, me semble t-il de la rodomontade de João Lourenço, qui avec les autres chefs d’État africains, exprime une inquiétude face à ce qui est en train de s’installer comme un fléau. Les putschs militaires dont on ne sait plus comment se prémunir. Il est difficile de l’expliquer autrement, puisque l’Union africaine a observé les élections qui ont blanchi les putschs des nouveaux impétrants. Les rapports qu’elle en a faits sont préférablement accommodants, nonobstant les mentions du non-respect caractérisé des droits humains et des droits électoraux des Guinéens et des Gabonais. Les scrutins ont été validés, comme respectant les standards en la matière. Tacitement un certificat de conformité démocratique.

    Qu’est-ce qui a pu se passer entretemps ?

    Dans la grande cour africaine d’Addis-Abeba, la rodomontade est gratuite et l’action plutôt difficile. L’ancien président du Tchad, Idriss Déby Itno, l’avait rappelé, avec dérision : « Nous parlons toujours trop, (…) mais nous n’agissons pas assez et parfois pas du tout », c’était en janvier 2016, au 26e sommet de l’UA.

    Le président João Lourenço, président sortant de l’Union et le président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf en se coordonnant avec des éléments de langage pour accueillir Doumbouya et Oligui n’innovent pas, mais rappellent ce qui est dans les textes. La mission fondamentale du Conseil de paix et sécurité, c’est justement de veiller à une « (…) tolérance, zéro pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels ».

    Qu’est-ce qui a sonné le réveil à ce 39e sommet ?

    On ne peut pas hélas parler de réveil ! Il n’y a pas eu de résolution contre les blanchiments démocratiques des coups d’État. Le Conseil de paix et sécurité n’ayant pas les moyens d’opérationnaliser sa « force prépositionnée ». Elle a même contribué, depuis 2023, à affaiblir la Cédéao, sa plus dynamique commission économique régionale, qui aurait pu lui servir de fer de lance. En refusant son soutien à l’action militaire de la Cédéao contre le putschiste Abdourahamane Tiani et surtout en s’empressant, au grand dam d’Abuja, de prendre acte du changement anticonstitutionnel survenu à Niamey, le Conseil de paix et sécurité avait manqué de flair et l’occasion inédite de faire un exemple.

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    Dès lors, il a refermé la porte sur le loup, déjà dans la bergerie. Le pire, c’est que le loup n’est pas seul. Il y est avec un allié qui a un plan, déjà prêt, « la confédération de l’Indépendance » avec des juntes russo-africaines qui devraient remplacer partout, ces « mauvaises démocraties », animées par les valets locaux de l’impérialisme occidental, comme a pu le révéler, dans une de ses enquêtes, Forbidden Stories.

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  • France-Tchad: rupture bruyante, réconciliation subreptice!
    Feb 14 2026

    Vous revenez dans votre chronique de ce jour sur le dernier épisode des relations franco-tchadiennes. Rupture bruyante et réconciliation subreptice. Commençons par ce qui avait pu fâcher Mahamat Deby Itno.

    Quelques faits vexants, sans doute un opportun prétexte de se délier d'un devoir de reconnaissance. En ordonnant ce qui a pu fâcher, on peut classer l'affaire des costumes en deuxième position. À titre personnel, Mahamat Déby Itno a pu ne pas apprécier les poursuites du parquet financier national français pour 900 000 malheureux euros de costumes. À ce niveau de responsabilité, on ne mégote pas en général. En second, il a pu être vexé par les prises à partie de la France sur le dossier soudanais : le Tchad souverain s'allie en fonction de ses intérêts. Les Émirats arabes unis et le général Hemedti qui font l'affaire de Déby à défaut de celle du Tchad. Puis probablement le manque d'enthousiasme manifesté par Paris pour son élection. Il y a donc des raisons légitimes de colère, mais de là à renverser la calebasse, on est dubitatif !

    Et peut-être que toutes ces raisons ont servi de prétexte ?

    Davantage le contexte. La France, devenue radioactive pour certaines opinions africaines, lui devoir son strapontin est une faute. Or Mahamat Déby Itno a beaucoup de qualités, sûrement, mais il aurait eu un grand mal à succéder à son valeureux maréchal de père sans l'adoubement de la France. Les avions militaires français, en anéantissant, (ou survolant, disent certains), la colonne rebelle responsable de la mort du maréchal Déby Itno, ont enrayé sa progression, permettant un climat serein nécessaire pour fignoler une succession extra-constitutionnelle problématique. Ce n'était pas acquis d'avance dans une Afrique vent debout contre les coups d'État constitutionnels que le putsch bricolé du fils Déby Itno passe comme lettre à la poste, coup de pouce militaire et soutien assumé d'Emmanuel Macron auront été nécessaires pour imposer la succession dynastique.

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    Prendre le pouvoir dans ces conditions, cela fragilise forcément !

    Absolument ! Dans une « panafricanie » qui a la France comme cible unique, le jeune Déby Itno, pour se réhabiliter, avait besoin d'un vrai coup d'éclat, une sorte de bravade à la mesure de l'opprobre. Quoi de mieux que de sectionner la branche qui portait le régime dont il est l’héritier ? Avec les accords militaires, la France et ses avions avaient permis une longévité exceptionnelle du régime d'Idriss Déby Itno, soit en bombardant les colonnes des rebelles quand elles menaçaient trop Ndjamena ou en fournissant le bon renseignement en rompant ses accords militaires. Mahamat Déby Itno avait consenti le sacrifice expiatoire approprié. Il s'est acheté un répit avec les néo-panafricains. Sauf qu'au Tchad, la menace existentielle, ce sont les rébellions armées et le savoir-faire français pour les contrer n'a pas encore d'équivalent.

    C'est donc une réconciliation dictée par la realpolitik ?

    Parfaitement ! Comme à chaque fois qu'il est menacé, le pouvoir tchadien sollicite le secours de la France. Ngarta Tombalbaye, premier président du Tchad, a été le premier à le faire en 1969, quand, dans des circonstances semblables à celles de Déby, fils fâché avec la France, dans l'ambiance de « l'authenticité » à la Mobutu. Il change de prénom et de François, il devient Ngarta et débaptise la capitale tchadienne, Fort-Lamy, qui devient Ndjamena. Mais menacés par les rebelles, il ravale sa fierté et demande le secours de la France. Sauf que la France protège le président tchadien des rebelles, mais des fragilités de leur propre gouvernance. Fera-t-elle exception cette fois en perte de vitesse dans son ancien pré carré africain ? Elle n'a plus vraiment le luxe de se choisir ses partenaires idéaux. Elle pourrait donc fermer les yeux sur les droits humains, ce que craint l'opposition tchadienne. Elle redoute surtout que Succès Masra, l'opposant principal au régime en prison depuis août 2025, ne fasse les frais de ce qu'elle considère comme un « basculement vers une diplomatie transactionnelle ».

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  • États-Unis : le rapprochement Jeff Bezos - Donald Trump impacte le Washington Post
    Feb 7 2026

    Le Washington Post, 76 fois prix Pulitzer, traverse une situation difficile. Le 4 février, la direction du journal décide un licenciement massif. Une conséquence du rapprochement de Jeff Bezos avec Donald Trump !

    Officiellement, c’est une restructuration. Une mise à jour, d’une structure « trop ancrée dans une autre époque », a justifié Matt Murray, directeur exécutif du journal. Mais le coup est si massue, que certains craignent qu’il n’engage le pronostic vital du journal.

    Près de 300 licenciements annoncés sur un effectif de 800. Un remède de cheval pour un « update » structurel, si inhabituel que le syndicat du journal a qualifié cette opération d’« un cas d’école (…) de l’autodestruction d’une marque ».

    Le Washington Post, devenu la propriété du milliardaire Jeff Bezos en 2013, se portait relativement bien, jusqu’à la dernière présidentielle américaine. Donald Trump, réélu, attire les milliardaires de la tech. Jeff Bezos, qui avait déjà amorcé un rapprochement en faisant faire une entorse à la tradition du journal à l’occasion des présidentielles américaines, le rejoint et c’est le début des problèmes du prestigieux journal. Ashley Parker, une ancienne plume du journal, parle d’un « meurtre du Washington Post ».

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    Jeff Bezos, en se rapprochant de Donald Trump, a mis en danger le Washington Post

    La bascule, c’est la présidentielle de 2024, quand Jeff Bezos, sentant le vent tourner, a interdit au journal de prendre parti pour Kamala Harris. Rompant ainsi une tradition instituée en faveur des candidats démocrates. Ce choix du nouveau propriétaire a coûté au journal plus de 250 000 abonnés. Ces derniers considérant que Jeff Bezos avait, ce faisant, « trahit les valeurs qu’il était censé défendre ». Le journal perd des électeurs, perd de l’argent. 85 millions d’euros de pertes, en 2024. Une broutille, rapportée à la fortune personnelle de Bezos, qui est estimée à 207 milliards d’euros, et à la libéralité dont il est capable quand il s’agit des Trump. Amazon, dont il est propriétaire, ne peut pas financer le petit film de propagande de Melania Trump, pour 64 millions d’euros, et pour seulement 85 millions d’euros, Bezos met à sac un monument comme le Washington Post.

    En basculant MAGA, Jeff Bezos a compromis la ligne éditoriale du journal, entrainant le départ de certains journalistes, parmi les meilleurs, tous outrés « des efforts écœurants (…) », disent-ils pour « s’attirer les faveurs de Donald Trump (…) ».

    Ce qui interroge sur les chances de succès du plan en cours. Le Post Guild, le syndicat du journal, est pour le moins très sceptique, rappelant qu’on « ne peut pas vider une rédaction de sa substance sans conséquences sur sa crédibilité, son influence et son avenir ».

    In fine, ce qui arrive au Washington Post interroge sur le sort des médias et des journalistes sous Trump !

    La presse, et dans une moindre mesure, les universités sont les ennemis de Donald Trump. Depuis son investiture, en janvier 2025, il mène à la presse une véritable guerre. Tous les moyens ont été utilisés. Poursuites judiciaires, ruineuses pour les médias, fermetures de médias, l’exemple de la Voix de l’Amérique, financée par l’État, et les prises à partie de journalistes. Mais ce n’est pas tout. L’administration Trump multiplie les entraves. Restriction d’accès aux lieux clés du gouvernement (Maison Blanche et tribunaux pour les affaires des immigrés). Et restriction de visa pour les journalistes étrangers. Donald Trump se comporte comme les dictatures militaires en Afrique.

    Associated Press interdit à la Maison Blanche, pour une simple question sémantique. Refus de se conformer à la nouvelle appellation du « golfe du Mexique ». C’est inédit et c’est bien illustré par le classement mondial des États-Unis de Reporters sans frontières. 57e sur 180 pays, en 2025. Mais est-ce quelque chose qui parle à Trump ?

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