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Afrique, mémoires d'un continent

Afrique, mémoires d'un continent

Di: RFI
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Afrique, mémoires d'un continent explore l’histoire à travers les siècles et jusqu’à aujourd’hui. Historiens, universitaires et spécialistes expliquent et racontent, sans tabous et à rebours des clichés, comment le passé éclaire le présent. Une émission présentée par Elgas, en collaboration avec Delphine Michaud. Réalisation : Taguy M’Fah Traoré. *** Diffusions vers toutes cibles les dimanches à 08h10 TU et 22h10 TU (Heure de Paris = TU + 1 en hiver).

France Médias Monde
Scienze sociali
  • Peut-on débattre de façon raisonnée des esclavages ?
    Feb 20 2026
    Elgas et ses invités abordent ce dimanche un sujet ô combien sensible, celui des esclavages. Longue séquence de l’histoire, tout particulièrement des peuples noirs mais pas seulement. Un héritage lourd, fait de blessures indélébiles, de mémoires traumatiques et de volontés de réparations. Peut-on, sur une matière qui colore les affects, faire une synthèse apaisée ? C’est le pari du livre « Les fers et le fouet, une histoire raisonnée de l’esclavage » du journaliste Vincent Hugeux, disséqué par deux historiens spécialistes de la question. Avec la participation de : Vincent Hugeux, journaliste et auteur de « Les fers et le fouet – Une histoire raisonnée de l’esclavage » (éd. Perrin) Dominique Rogers, historienne, maîtresse de conférence en Histoire moderne à l'Université des Antilles et chercheuse au CNRS M’hamed Oualdi, historien, auteur de « L’esclavage dans les mondes musulmans » (éd. Amsterdam). Pour aller plus loin L’émission ouvre un débat sur l’esclavage, présenté comme un phénomène ancien, mondial et toujours brûlant d’actualité. Son héritage est décrit comme lourd : mémoires traumatiques, conflits politiques ravivés, racisme et séquelles coloniales. À partir du livre Les Fers et le Fouet, de Vincent Hugeux, publié chez Éditions Perrin, la discussion cherche à produire une synthèse apaisée sur un sujet hautement sensible. L’auteur revendique une « histoire raisonnée » : éviter à la fois l’érudition inaccessible et les pamphlets militants. Son ambition est de restituer la complexité des faits, sans essentialisme ni anachronisme, en s’appuyant sur les travaux d’historiens. Face à lui, les historiens Dominique Rogers et M'hamed Oualdi s’accordent sur la nécessité de défendre une approche rigoureuse dans un contexte où les débats publics sont souvent polarisés. Diversité des traites et responsabilités partagées Le livre embrasse un large spectre : traite transatlantique, traite transaharienne, esclavage interne à l’Afrique et aux mondes musulmans. Concernant la traite atlantique, environ 12 millions d’Africains furent déportés vers les Amériques sur quatre siècles, dans un système à forte intensité économique. Les traites transahariennes et orientales, étalées sur plus d’un millénaire, concernèrent également plusieurs millions de personnes. Les intervenants insistent sur la nécessité de comparer ce qui est comparable : temporalités, volumes, logiques économiques. La traite transatlantique se distingue par son ampleur, sa dimension industrielle et son rôle dans l’essor du capitalisme moderne. Mais la traite intra-africaine, antérieure et postérieure à l’arrivée des Européens, est également abordée sans tabou : des royaumes africains ont participé à la capture et à la vente de captifs, souvent dans des logiques de guerre ou de rivalités politiques. Les religions monothéistes ne sont pas exemptes d’ambiguïtés. Des justifications théologiques ont circulé dans les traditions chrétienne et musulmane. Toutefois, les pratiques et interprétations ont évolué selon les contextes, et des courants abolitionnistes ont aussi émergé au sein de ces sociétés. Résistances, mémoires et réparations L’émission insiste sur l’« agentivité » des esclaves : loin d’être passifs, ils se sont révoltés, ont fui, écrit, négocié, reconstruit des familles et des cultures. Les révoltes, les marronnages et les luttes abolitionnistes rappellent que les esclaves furent des acteurs de leur propre histoire. Le rôle des Lumières est nuancé : si elles ont porté une critique de la traite, nombre de penseurs restèrent ambigus sur l’institution esclavagiste elle-même. L’abolition ne fut ni immédiate ni linéaire, et résulta de compromis politiques autant que de mobilisations. Enfin, la question des réparations demeure ouverte. Reconnaissance symbolique, compensations financières, transmission mémorielle : les pistes sont multiples et controversées. Les intervenants soulignent l’importance d’inscrire cette histoire dans l’espace public, les musées et l’enseignement, afin d’en faire une histoire commune. L’enjeu est de conjuguer vérité historique, justice et apaisement, sans réduire les sociétés contemporaines à leur passé, mais sans l’éluder non plus.
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  • Les Béninois face à leurs historiens
    Feb 13 2026

    Á quoi ressemblait l’Afrique militaire avant la colonisation ? Quels sont les liens entre le continent africain et Haïti ? A-t-on toujours besoin d’appui extérieur pour raconter l’histoire africaine ? À l’occasion de la Black History Week 2026, Elgas a réuni sur son plateau des acteurs de la société béninoise et des historiens pour un échange direct.

    Avec la participation de l’historien béninois Dieudonné Gnammankou et de Sylvestre Edjekpoto, historien et directeur de l'institut Afrique décide.

    Pour aller plus loin Un dialogue franc autour de la mémoire à Ouidah

    À l’occasion de la Black History Week, inspirée de la Black History Month, l’émission Afrique, mémoires d’un continent s’est installée à Ouidah, à l’Institut Afrique Décide. L’objectif : ouvrir un dialogue direct entre historiens et citoyens sur la mémoire de l’esclavage et l’histoire africaine. Dans un contexte marqué par la défiance, les récits falsifiés et le sentiment d’une histoire confisquée, deux historiens béninois, Dieudonné Gnammancou et Sylvestre Edjekpoto ont répondu sans tabou aux questions du public.

    Les interventions révèlent un malaise partagé : beaucoup estiment que l’histoire africaine est insuffisamment enseignée, mal diffusée ou peu accessible. Pourtant, des travaux majeurs existent, notamment l’Histoire générale de l’Afrique publiée par l’UNESCO depuis les années 1970. Le problème réside moins dans l’absence de recherche que dans sa vulgarisation, son financement et son intégration dans les programmes scolaires. Les historiens plaident pour une meilleure accessibilité : traductions en langues nationales, documentaires, albums pour enfants, émissions radios et valorisation des noms de rue comme supports de transmission.

    La discussion aborde aussi l’origine du royaume du Dahomey, la réhabilitation des figures oubliées et des résistances africaines, ainsi que la nécessité d’écrire une histoire générale du Bénin par les historiens béninois eux-mêmes.

    Mémoire, réparation et enjeux contemporains

    Le débat s’élargit aux polémiques persistantes sur l’esclavage et la colonisation. Face aux discours révisionnistes ou aux tentatives de minimisation des crimes, les historiens évoquent la question centrale de l’impunité. L’esclavage et la colonisation, qualifiés de crimes contre l’humanité, n’ont pas fait l’objet de véritables sanctions ni de réparations. Tant que ces questions ne seront pas pleinement reconnues et traitées, elles continueront de susciter tensions et controverses.

    Enfin, la question du tourisme mémoriel à Ouidah est abordée. Peut-on transformer des lieux de souffrance en espaces touristiques ? Les intervenants défendent l’idée d’un tourisme de reconnexion et de vérité, visant à réunir des peuples séparés par l’histoire. Le futur Musée international de la mémoire et de l’esclavage entend d’ailleurs mettre en avant non seulement la traite négrière, mais aussi l’Afrique d’avant l’esclavage, afin de restaurer la dignité historique des sociétés africaines.

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  • Biafra : au Nigeria, la famine, la guerre et la mémoire
    Feb 6 2026

    Près de deux millions de morts, par les balles, les armes blanches et la famine. Des enfants au corps rachitique, captés par les photographes du monde entier, clichés qui deviendront les mascottes d'une Afrique peinte sous le jour du malheur. Si la guerre du Biafra n'opère plus vraiment, glissant doucement au fil des décennies vers l'oubli, sa charge, elle, reste douloureuse.

    Pour aller plus loin La guerre du Biafra : une mémoire douloureuse

    À la fin des années 1960, le Nigeria est plongé dans l’une des guerres civiles les plus meurtrières du continent africain : la guerre du Biafra. Ce conflit, marqué par des violences extrêmes, la famine et la mort de près de deux millions de personnes, a profondément fracturé le pays et laissé une trace durable dans la mémoire collective. Les images d’enfants affamés, diffusées dans le monde entier, ont façonné une représentation tragique de l’Afrique et révélé l’ampleur du drame humain.

    Les racines d’un conflit complexe

    Pour comprendre le Biafra, il faut revenir à l’histoire du Nigeria, un État issu de la colonisation britannique, construit sur des divisions ethniques, religieuses et géographiques. Entre un Nord majoritairement musulman et un Sud plus chrétien et animiste, les tensions se sont accentuées après l’indépendance de 1960. Les rivalités politiques, les inégalités économiques et la convoitise des ressources pétrolières ont nourri un climat d’instabilité, menant aux coups d’État militaires et à la sécession de la région orientale en 1967.

    Une tragédie aux dimensions internationales

    La guerre du Biafra dépasse rapidement le cadre nigérian : elle devient un enjeu international, impliquant des puissances étrangères et suscitant une mobilisation humanitaire mondiale. Entre interventions militaires, rivalités coloniales et médiatisation massive, le conflit révèle les contradictions de l’ordre postcolonial. Si le Nigeria est finalement réunifié en 1970, le traumatisme du Biafra demeure, rappelant les dangers des divisions et l’importance de la mémoire pour prévenir de nouvelles tragédies.

    Choix musical : « Uso Ndu », de Celestine Ukwu

    À lire également : « L'autre moitié du soleil », de Chimamanda Ngozi Adichie.

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