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Peut-on débattre de façon raisonnée des esclavages ?

Peut-on débattre de façon raisonnée des esclavages ?

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Elgas et ses invités abordent ce dimanche un sujet ô combien sensible, celui des esclavages. Longue séquence de l’histoire, tout particulièrement des peuples noirs mais pas seulement. Un héritage lourd, fait de blessures indélébiles, de mémoires traumatiques et de volontés de réparations. Peut-on, sur une matière qui colore les affects, faire une synthèse apaisée ? C’est le pari du livre « Les fers et le fouet, une histoire raisonnée de l’esclavage » du journaliste Vincent Hugeux, disséqué par deux historiens spécialistes de la question. Avec la participation de : Vincent Hugeux, journaliste et auteur de « Les fers et le fouet – Une histoire raisonnée de l’esclavage » (éd. Perrin) Dominique Rogers, historienne, maîtresse de conférence en Histoire moderne à l'Université des Antilles et chercheuse au CNRS M’hamed Oualdi, historien, auteur de « L’esclavage dans les mondes musulmans » (éd. Amsterdam). Pour aller plus loin L’émission ouvre un débat sur l’esclavage, présenté comme un phénomène ancien, mondial et toujours brûlant d’actualité. Son héritage est décrit comme lourd : mémoires traumatiques, conflits politiques ravivés, racisme et séquelles coloniales. À partir du livre Les Fers et le Fouet, de Vincent Hugeux, publié chez Éditions Perrin, la discussion cherche à produire une synthèse apaisée sur un sujet hautement sensible. L’auteur revendique une « histoire raisonnée » : éviter à la fois l’érudition inaccessible et les pamphlets militants. Son ambition est de restituer la complexité des faits, sans essentialisme ni anachronisme, en s’appuyant sur les travaux d’historiens. Face à lui, les historiens Dominique Rogers et M'hamed Oualdi s’accordent sur la nécessité de défendre une approche rigoureuse dans un contexte où les débats publics sont souvent polarisés. Diversité des traites et responsabilités partagées Le livre embrasse un large spectre : traite transatlantique, traite transaharienne, esclavage interne à l’Afrique et aux mondes musulmans. Concernant la traite atlantique, environ 12 millions d’Africains furent déportés vers les Amériques sur quatre siècles, dans un système à forte intensité économique. Les traites transahariennes et orientales, étalées sur plus d’un millénaire, concernèrent également plusieurs millions de personnes. Les intervenants insistent sur la nécessité de comparer ce qui est comparable : temporalités, volumes, logiques économiques. La traite transatlantique se distingue par son ampleur, sa dimension industrielle et son rôle dans l’essor du capitalisme moderne. Mais la traite intra-africaine, antérieure et postérieure à l’arrivée des Européens, est également abordée sans tabou : des royaumes africains ont participé à la capture et à la vente de captifs, souvent dans des logiques de guerre ou de rivalités politiques. Les religions monothéistes ne sont pas exemptes d’ambiguïtés. Des justifications théologiques ont circulé dans les traditions chrétienne et musulmane. Toutefois, les pratiques et interprétations ont évolué selon les contextes, et des courants abolitionnistes ont aussi émergé au sein de ces sociétés. Résistances, mémoires et réparations L’émission insiste sur l’« agentivité » des esclaves : loin d’être passifs, ils se sont révoltés, ont fui, écrit, négocié, reconstruit des familles et des cultures. Les révoltes, les marronnages et les luttes abolitionnistes rappellent que les esclaves furent des acteurs de leur propre histoire. Le rôle des Lumières est nuancé : si elles ont porté une critique de la traite, nombre de penseurs restèrent ambigus sur l’institution esclavagiste elle-même. L’abolition ne fut ni immédiate ni linéaire, et résulta de compromis politiques autant que de mobilisations. Enfin, la question des réparations demeure ouverte. Reconnaissance symbolique, compensations financières, transmission mémorielle : les pistes sont multiples et controversées. Les intervenants soulignent l’importance d’inscrire cette histoire dans l’espace public, les musées et l’enseignement, afin d’en faire une histoire commune. L’enjeu est de conjuguer vérité historique, justice et apaisement, sans réduire les sociétés contemporaines à leur passé, mais sans l’éluder non plus.
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