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  • Au Niger, la détention arbitraire du journaliste Gazali Abdou Tasawa depuis janvier 2023
    Feb 21 2026

    Au Niger, le journaliste Gazali Abdou Tasawa a été arrêté le 23 janvier 2026 et écroué à la prison civile de Niamey. Correspondant pour le service en langue haoussa de la radio internationale allemande Deutsche Welle (DW), il avait publié huit jours plus tôt un reportage sur les conditions de vie des réfugiés nigérians au Niger. Son arrestation est dénoncée par plusieurs organisations de défense de la presse comme une atteinte à la liberté d'informer. Éclairage avec Carine Kogné.

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  • Le périlleux exercice du journalisme en Iran
    Feb 14 2026

    L’Iran est l'une des plus grandes prisons au monde pour les journalistes, affirme Reporters sans frontières. En ce début d'année, la répression du régime contre toute voix dissidente s'est encore aggravée. La population a été coupée de tout moyen de communication. Le but : empêcher de témoigner du massacre commis par le régime dans la répression des manifestations. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été tuées. Malgré tout, des journalistes à l'intérieur et à l'extérieur du pays tentent de s'organiser pour rapporter les faits.

    Ali Bakir est Kurde iranien. Il a débuté son métier de journaliste dans sa ville natale, Bukan à l’ouest de l’Iran. Suite à des menaces répétées, il a fui au Kurdistan irakien. De l'autre côté de la frontière, il continue de travailler pour une chaine de télévision diffusée dans le Kurdistan iranien.

    À lire aussiBlack-out numérique et médiatique en Iran

    « Au Kurdistan iranien, tout militantisme civique, environnemental ou médiatique vous met sous la menace d'accusations de la part des services de renseignements et vous risquez des procédures judiciaires. Le régime impose des lignes rouges à notre activité, ce qui amène à une autocensure institutionnalisée des journalistes dans le pays. La circulation libre d'information au Kurdistan est très compliquée », raconte-t-il.

    À cela s'ajoute le monopole du gouvernement sur les médias, et les restrictions d'accès à Internet, ainsi que les perturbations et interruptions des connexions Internet.

    « De mon côté, j'arrive à obtenir des informations grâce au réseau que j'ai tissé en Iran avec des militants politiques, civiques, littéraires et environnementaux. Je surveille également les chaînes d'informations locales, les institutions et organisation de la société civile qui sont nombreuses », détaille le journaliste kurde.

    Durant les deux semaines de blackout imposé à l'Iran début janvier, Ali Bakir a réussi à continuer d'échanger avec ses contacts sur place. Mais il a fallu se réorganiser. « Tout d'abord, nous sommes plus prudents. Nous avons peur des arrestations et accusations graves pour tout et n'importe quoi. Nous avons également pris des dispositions concernant nos contacts et les moyens de communication. Nous avons notamment envoyé plusieurs kits de communication satellitaire Starlink. Mais même l'activité de ce satellite présente ses propres limites et difficultés en Iran ».

    En effet le régime a déployé des technologies pour perturber les utilisations de Starlink. Les contourner demande donc certaines connaissances.

    Même à l’étranger, il reste dangereux d’être journaliste iranien

    « Nous sommes relativement à l'abri des pressions et des menaces du gouvernement, mais rien n'est jamais sûr. Nos sources d'informations sur place telles que les militants politiques et civiques risquent d'être arrêtées de manière arbitraire. Les familles reçoivent également des pressions, telles que celles de nos sources mais aussi celles des journalistes en exil qui travaillent pour des médias persanophones et s'opposent parfois à la République islamique. Cela a toujours constitué un obstacle sérieux à l'activité médiatique en Iran. »

    À lire aussi«Nous recevons des menaces»: Iran International, une chaîne en persan face au défi d'informer depuis Londres

    Ali Bakir affirme avoir lui-même reçu des menaces contre sa personne mais aussi visant sa femme et sa famille. Il affirme y être tristement habitué.

    Au moins six journalistes ont été arrêtés en Iran depuis le début de l'année selon le Comité pour la protection des journalistes.

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  • La difficile tâche des journalistes haïtiens
    Feb 7 2026

    C'est ce samedi 7 février 2026 qu'expire officiellement le mandat du Conseil présidentiel de transition en Haïti. Un organe censé ramener le pays sur la voie de la paix. Mais le CPT a échoué. La situation est même pire qu'avant. Les gangs ont gagné encore plus de terrain et contrôlent aujourd'hui plus de 85% de Port-au-Prince. Les journalistes aussi ont vu leurs conditions de travail se dégrader.

    Des 22 mois de gouvernance du Conseil présidentiel de transition, Frantz Duval, rédacteur en chef du journal Le Nouvelliste, retient la mort de trois de ses collègues : « C'était en décembre 2024. Ils avaient été invités à couvrir la réouverture de l'hôpital de l'université d'État d'Haïti. C'est la manifestation la plus frappante que des journalistes n'ont pas été assez protégés. Ils ont même été exposés à cause d’une décision de ministre qui a programmé la réouverture d'un hôpital lorsqu'il ne s'était pas assuré des conditions de sécurité. Et les journalistes sont tombés dans un guet-apens, ils ont été tués. Trois sont morts, d'autres ont été blessés. C'est une plaie ouverte pour la presse haïtienne. »

    Guerre ouverte entre gangs et police

    Au cours des deux dernières années, l'insécurité a augmenté à Port-au-Prince. Les gangs et la police se mènent une véritable guerre. Pierrevil Théas, reporter de la radio Regard FM, limite ses déplacements, et quand il sort, il s'équipe d'un gilet par balle et d'un casque.

    Les gangs sont une menace, mais il n'y a pas qu'eux. Pierrevil Théas a déjà dû faire face à l'hostilité de politiciens, de militants ou même de la population : « L'année dernière, en février 2025, j'étais à Canapé Vert pour recueillir des informations, mais en arrivant sur ces lieux, là, il y avait des protestations. Bien que durement identifié comme journaliste, la population, qui était frustrée, m'a bastonné et m'a giflé, j'ai failli perdre ma vie. »

    Depuis, Pierrevil Theas ne se rend plus dans certains quartiers trop dangereux. D'autant qu'il ne veut pas négocier avec les chefs de gangs pour s'assurer leur protection. Comme beaucoup de journalistes, il effectue désormais une bonne partie de ses interviews à distance, en contactant ses sources par téléphone.

    Les réseaux sociaux, source d’info

    Et puis, il y a aussi tout un travail sur les réseaux sociaux, complète Frantz Duval : « Il faut dire que les gangs publient beaucoup sur les réseaux sociaux. Ils filment leurs exactions, ils font des lives, ils répondent à des questions. La police aussi utilise beaucoup les réseaux sociaux pour diffuser ces informations. La police donne pour la première fois des bilans de ses opérations. Rien n'indique que ces bilans sont sincères, mais au moins ces bilans ont le mérite d'exister. Et ces chiffres ne sont pas contestés du côté des gangs. Pour le moment, c'est cette vérité qu'on a. On a aussi des organisations de défense des droits humains et les Nations unies qui tiennent un décompte beaucoup plus précis que ce que peut faire la presse avec les moyens dont disposent les journalistes. »

    Et justement ces moyens, Frantz Duval espère qu'ils vont augmenter. Il appelle les autorités qui vont succéder au CPT à restaurer la stabilité et l'économie du pays. La publicité est la seule source de financements des médias haïtiens.

    À lire aussiHaïti: les patrouilles de police de Port-au-Prince multiplient les opérations

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  • Cameroun: Madeleine Ngeunga, entre enquêtes et sécurité des journalistes
    Jan 31 2026

    Madeleine Ngeunga est une journaliste camerounaise spécialisée en droits humains et dans la défense de l’environnement. Elle débute sa carrière à la radio puis rejoint InfoCongo, une plateforme régionale qui utilise des données, des cartes interactives et des récits pour couvrir des sujets environnementaux liés à la forêt tropicale humide du bassin du Congo. Lors d’un de ses reportages sur le terrain elle est victime de menaces et d’intimidations. Elle revoit alors son mode de fonctionnement et s’investit dans la sécurité des journalistes au sein du Centre Pulitzer qui accompagne ces derniers dans leur travail d’enquête. Elle parle de son expérience au micro d’Igor Strauss.

    Lors d’une enquête sur l’exploitation forestière illégale au Cameroun, Madeleine adresse un questionnaire à l’entreprise incriminée pour obtenir sa version des faits. Mais elle n’obtient pas les réponses espérées. « La réponse était plus une réponse de menace nous accusant de tribalisme et nous disant que si on publie l'enquête et on cite l'entreprise, elle porterait plainte. Puis, comme c'était une grosse base de données de plusieurs entreprises qui étaient concernées, l'enquête a été publiée », dit-elle.

    Et finalement l’entreprise ne met pas ses menaces à exécution. Suite à la parution de cette enquête, Madeleine est invitée dans le talk-show d’une grande radio de Yaoundé pour parler de son travail. Les auditeurs sont également invités à réagir à l’antenne. Beaucoup sont admiratifs de son travail… Mais l’un d’eux la menace en direct. « Un des auditeurs a dit "ah, mais je vous entends parler, vous êtes une femme, vous avez l'air jeune, mais je vous le dis, faites attention à ce que vous êtes en train de dire, parce que ne soyez pas surprise qu'en sortant dans la rue, en marchant, un grumier vous écrase" ».

    Le risque d’être femme dans le journalisme

    Abasourdie dans un premier temps, elle ne réalise que plus tard la gravité des faits. « J'ai eu peur à un moment donné et quand je sortais, j'étais un peu sur le qui-vive, à regarder à gauche, à droite ». Et Madeleine en est persuadée, ces menaces ont aussi été proférées car elle est une femme. « Peut être que la personne n'aurait pas eu le même courage pour s'adresser à un homme. Donc je pense que le fait d'être une femme aussi, ça a de l'influence dans le risque auquel on peut être exposé. Parce que d'autres diraient "elle devrait être en train de s'occuper de son foyer tranquillement, elle est là à fouiner dans les affaires qui ne la concernent pas". Donc, clairement, il y a des connexions ».

    Sécuriser les journalistes au quotidien

    Dès lors Madeleine s’investit dans la sécurité des journalistes. Analyse des risques, procédures à adopter en cas de problèmes et soutien des rédactions. « Beaucoup de médias sont prêts à publier, mais quand on parle de prendre en charge le côté risque, le côté sécurité du journaliste, peu de médias sont prêts à s'engager. Pour dire, si par exemple la police interpelle ce journaliste, nous sommes prêts à assumer que c'est un de nos correspondants ou c'est un de nos journalistes qui fait un travail pour nous », explique-t-elle.

    Et puis, elle incite les journalistes à former des coalitions et à favoriser les enquêtes transnationales. « Ce qui fait que si un journaliste est réduit au silence au Cameroun, son enquête peut être publiée par un média partenaire, par exemple en France, il y a beaucoup de choses à faire et ce serait dommage si on ne peut pas travailler sur ces thématiques parce qu'il y a les risques ».

    Face à la puissance des réseaux de trafiquants, il est urgent d’aider les journalistes à garantir leur propre sécurité pour qu’ils continuent leurs enquêtes et qu’ils ne soient pas obligés de s’autocensurer.

    À lire aussiMenaces et pressions au Cameroun: une manière de faire taire les journalistes, le vécu de L. Renée Batongué

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  • Des journalistes victimes de la grogne des agriculteurs en France
    Jan 24 2026

    Depuis le début du mois de décembre, la France est en proie à une vraie grogne des agriculteurs. Bouleversés par l'épidémie de dermatose nodulaire, cette maladie infectieuse bovine qui décime leurs cheptels et révoltés par la signature du traité Mercosur entre l'Europe et l'Amerique du Sud. Les agriculteurs ont enchainé les manifestations, ainsi que les blocages d'autoroutes. Des rassemblements parfois très tendus face aux forces de l'ordre, mais aussi envers la presse. De nombreux cas d'agressions et de menaces à l'égard de journalistes ont été signalés durant ces rassemblements. Hugo de Waha a recueilli certains témoignages.

    Valentin Larquier, 28 ans, est journaliste pour la radio RTL. Un jour de décembre, il se rend, comme il en a l'habitude depuis le début de l'épidémie de dermatose nodulaire, sur un blocage d'une autoroute à la rencontre d'agriculteurs.

    « J'ai reconnu un agriculteur atteint de la dermatose nodulaire, j'ai essayé d'aller lui dire bonjour, et là il y a un de ses amis qui me hurle dessus en me disant de dégager, que je n'ai rien à faire là, que je l'embête. Il me prend par le col, il me repousse, il essaie de me mettre plusieurs coups de poing. Ses amis interviennent assez rapidement, le séparent, lui disent de se calmer. Ils me disent de partir. Je pense que s'il voulait me casser la figure et que s'il n'y avait pas eu d'intervention d'autres agriculteurs, carrément il me cassait la figure. Il était vraiment très très énervé

    Plus de peur que de mal pour ce journaliste, qui reste marqué par cet événement : « Ça ne m'était jamais arrivé de me faire agresser physiquement. J'ai fait beaucoup, beaucoup de sujets avec des agriculteurs, je n'ai jamais eu de problèmes avec eux. Ils étaient très compréhensifs, très gentils. Moi, j'ai réellement eu ce truc de… mais comment je vais faire pour y retourner ! Psychologiquement, j'avais du mal à m'imaginer retourner à l'endroit où c'est arrivé ! Je ne suis jamais retourné sur ce barrage-là. »

    À quelques kilomètres de là, Benjamin Calves, chef d'édition du journal local La Dépêche du Midi, a vu des agriculteurs répandre du lisier sur son bureau. Le lendemain, un homme était arrêté par la police, alors qu'il s'approchait dangereusement de ses bâtiments avec son tracteur : « Oui, ça a été un peu mal vécu dans le sens où, encore une fois, on est sur le terrain tous les jours. Après plusieurs semaines de mobilisations, il y a exactement une radicalisation pour certains. Ce que ne ressentaient pas les journalistes sur le terrain il y a quelques mois de ça ou en 2004, lors des premières mobilisations, c'est que certains acteurs de ces mobilisations qui ne veulent pas s'adresser aux médias. Non, vous êtes des médias, vous êtes à la solde du pouvoir ! Sinon, il n'y a pas de problèmes majeurs en tout cas, à l'heure actuelle, mais on sent une crispation, une radicalisation, pour certains une grosse défiance. »

    La presse locale ne semble plus être préservée de ce type de comportements, et ce malgré les liens qu'elle tisse avec les acteurs qui l'entourent. Alexandre Buizine, membre du SNJ, le syndicat national des journalistes, a répertorié une dizaine d'attaques contre la presse locale au cours du mois de janvier : « C'est assez nouveau, parce que la presse locale, c'est celle qui est au plus près du terrain et des agriculteurs, celle qui raconte la réalité quotidienne des agriculteurs. Voilà, c'est ce qui est d'autant plus incompréhensible. On s'en prend à la presse qui, entre guillemets, est la plus crédible, celle qui raconte au long cours la réalité des agriculteurs. Leurs difficultés notamment. On n'a pas d'explications. Il peut y avoir une part de désespoir de la part des agriculteurs, ça ne peut pas justifier ce qu'ils font. »

    Le syndicat national des journalistes rappelle que toute attaque physique ou verbale à l'égard d'un journaliste est punissable par la loi.

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  • En Birmanie: Sai Zaw écope de 20 ans de prison pour avoir fait du journalisme
    Jan 17 2026
    En Birmanie, la junte, arrivée au pouvoir en février 2021, a écrasé toute liberté de la presse. Sept journalistes ont été exécutés, plus de 200 emprisonnés, dont une cinquantaine encore derrière les barreaux. Dans ce pays, 169ème sur 180 au classement de Reporters sans Frontière pour la liberté de la presse, l’armée a rendu le métier de journaliste impossible. À l’occasion du scrutin en trois phases qui se déroule en ce mois de janvier, RFI a pu se rendre en Birmanie et a rencontré une proche d’un journaliste condamné à vingt ans de prison. Avant de claquer la porte de la voiture, Suzy (un nom d’emprunt) lance un regard derrière son épaule. Malgré le calme apparent des rues de Rangoun, la jeune femme est sur ses gardes. Parler aux médias étrangers de l’histoire de son cousin, Sai Zaw Thaike est un risque, aussi préfère-t-elle rester anonyme. Après sa prise de pouvoir dans un violent coup d’État le 1er février 2021, l’armée a rapidement détruit le vibrant paysage médiatique de la Birmanie. C’est dans la salle fermée d’un restaurant qu’elle livre l’histoire de son cousin, photo journaliste reconnu en Birmanie. La clandestinité pour pouvoir travailler « En mai 2023, lorsqu’un cyclone a frappé la Birmanie, il s'est rendu de Rangoun à Sittwe dans l’État de l’Arakan pour couvrir l’événement et documenter les dégâts sur place, se souvient, la jeune femme. Quelques jours après son arrivée. Il a été arrêté à Sittwe ». « Il n’y a eu ni enquête, ni interrogatoire. On ne l’a pas autorisé à engager un avocat, s’agace Suzy. Il a simplement été emprisonné puis envoyé à un tribunal militaire ». La sentence tombe : vingt ans de prison. Sai Zaw Thaike est déclaré coupable d’avoir « semé la peur, diffusé de fausses informations et travaillé pour un média interdit ». Le quadragénaire était photo-journaliste pour « Myanmar Now », un média indépendant, reconnu mais interdit par la junte. L’armée a fait une descente dans la rédaction puis révoqué son autorisation, poussant à l’exil la plupart de ses journalistes. Sai Zaw Thaike lui a continué à travailler à distance pour la rédaction installée en Australie. « Il a décidé de rester et de documenter la répression violente de la junte, racontait Swe Win, rédacteur en chef de Myanmar Now, à Amnesty International. Il passait d’une maison à l’autre comme un fugitif. Sai Zaw vivait et travaillait clandestinement à Yangon en tant que photo journaliste pour notre agence de presse ». Les renseignements militaires ont appris qu’il s’était déplacé dans l’Arakan pour couvrir les dégâts du cyclone, depuis il est emprisonné dans les geôles du régime. « Comme les autres journalistes ou prisonniers politiques, il subit des mauvais traitements quotidiens, nous explique sa cousine, qui reçoit des nouvelles via sa famille proche. On va les forcer par exemple à transporter les seaux d’excréments humains, ou à les nettoyer. Il subit des violences corporelles quotidiennes, des gardiens comme des autres prisonniers ». Des conditions qui se sont durcies récemment selon elle. « En mars dernier, après une inspection de la commission des droits de l’homme, ils ont utilisé ce prétexte pour le torturer, car il n’avait pas donné de 'bonnes réponses' selon eux. Sûrement parce qu’il avait dit la vérité sur les conditions de vie dans la prison, sur les violations des droits qu’ils subissaient. On l’a forcé à dormir sur le béton nu, sans rien, sans moustiquaire. » Médiatiser la répression Sai Zaw Thaike est emprisonné dans l’immense complexe carcéral d’Insein, au nord de Rangoun. Une prison symbole de la violence de la junte, célèbre pour la torture et les violences subies par les milliers de prisonniers politiques qui y croupissent. « À chaque fois que le gouvernement annonce des amnisties de prisonniers, je vais attendre devant la prison. Mais tout ce que je vois, c’est ce mur massif, silencieux et froid qui nous sépare et c’est juste déchirant », soupire Suzy. En janvier l’armée a annoncé 6000 amnisties, mais Sai Zaw Thaike, est resté derrière les barreaux. « J’imagine à chaque libération qu’il ressent la même chose. J’espère juste que son jour arrivera bientôt. Mais même quand la junte décide de libérer certains prisonniers pour se donner une bonne image. Ils le laissent toujours de côté ». Selon l'Association d'aide aux prisonniers politiques, une organisation indépendante qui recense de manière détaillée les arrestations et les victimes liées aux conflits politiques dans le pays, plus de 22 000 prisonniers politiques, dont l’ex-prix Nobel Aung San Suu Kyi, étaient encore détenus ce 16 janvier. « À chaque fois que l’on parvient à recevoir un message de sa part, il demande que l’on médiatise son histoire, conclut Suzy. Selon lui, c’est ...
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  • Présidentielle en Ouganda: journalistes sous pression, entre violences, autocensure et guerre numérique
    Jan 10 2026
    À quelques jours du scrutin du 15 janvier, plusieurs reporters ougandais disent travailler dans un climat de peur. L’agression du journaliste Ivan Mbadi, lundi 5 janvier, alors qu’il couvrait la campagne de l’opposant Bobi Wine, illustre une dérive documentée depuis des années par les défenseurs de la liberté de la presse. Sur une vidéo largement diffusée, Ivan Mbadi apparaît plaqué contre une voiture, chancelant, puis assis, visiblement sonné. Plus tard, à l’hôpital, il est filmé affaibli, un bandage autour du cou. Selon son entourage, il aurait été pris pour cible après avoir filmé des policiers utilisant du gaz lacrymogène. Pour Keneth Kitambula, chargé de programme au sein du centre ougandais des droits de l'homme, cette attaque n’a rien d’un accident isolé. « En Ouganda, les journalistes sont intimidés et violentés au quotidien. Ivan a été "chanceux" parce qu’il accompagnait Bobi Wine, dont l’équipe est très efficace pour documenter ces abus. Mais à la base, dans les zones rurales, nous avons des journalistes arrêtés, parfois torturés, sans que cela ne sorte dans l’espace public ». Un pays mal classé pour la liberté de la presse Selon Reporters sans frontières, l’Ouganda se classe 143ᵉ sur 180 pour la liberté de la presse. L’index 2024 du Human Rights Network for Journalists (HRNJ) recense 110 cas de violences contre des journalistes et professionnels des médias. « La situation politique a toujours influencé le travail des journalistes en Ouganda. Ils naviguent dans un environnement fragile, tiraillés entre leur sécurité et leur devoir d’informer », explique Keneth Kitambula. La Constitution garantit pourtant la liberté d’expression (article 29) et le droit d’accès à l’information (article 41). Mais, sur le terrain, « ces textes sont largement ignorés par les forces de sécurité ». Kawempe North, laboratoire de la répression L’élection partielle de Kawempe North, en mars dernier, reste dans toutes les mémoires. Des journalistes y avaient été battus et leur matériel détruit. Canary Mugume, journaliste d’investigation à NBS Television, était sur place ce jour-là. « Nous avions déjà remarqué une présence sécuritaire, mais là c’était inhabituel : des chars dans les rues, une présence militaire extrêmement lourde ». Puis la situation dégénère. « J’ai pris une photo de militaires en train d’embarquer des journalistes de force. Quand l’un d’eux m’a vu, il a foncé sur moi avec un long fil, épais comme un câble électrique. J’ai levé la main en signe de reddition. En trente secondes, j’ai cru que ma vie s’arrêtait là ». De retour à la rédaction, il apprend que plusieurs confrères ont été hospitalisés, parfois pour des blessures à la tête, aux genoux ou au dos. Les journalistes couvrant l’opposition ciblés Pour Keneth Kitambula, les risques sont particulièrement élevés pour ceux qui suivent l’opposition, notamment lors des déplacements de Bobi Wine, mais aussi auparavant de Kizza Besigye. « Ce sont surtout les journalistes qui couvrent l’opposition qui sont pris pour cible ». Certaines rédactions sont aussi directement entravées. Le Nation Media Group – qui détient notamment Daily Monitor et NTV – a été banni par le président Museveni de la couverture de ses rassemblements. Le Parlement a également interdit à ses journalistes l’accès aux séances. Résultat : un déséquilibre d’accès à l’information et une crédibilité fragilisée auprès du public. Larry Madowo, la désinformation et l’autocensure Même les journalistes internationaux sont désormais concernés. Le reporter de CNN Larry Madowo a été aspergé de gaz lacrymogène alors qu’il suivait la campagne de Bobi Wine. Après avoir tweeté que « le gaz lacrymogène ougandais a un goût différent », il a fait l’objet d’une campagne de dénigrement en ligne. Une vidéo deepfake a même circulé, prétendant à tort que le président Museveni l’avait banni du pays. « Cela crée un véritable climat de peur. Quand on s’en prend à CNN, un média international, l’État envoie un message clair aux reporters locaux : "si on peut faire ça à eux, imaginez ce qu’on peut vous faire à vous" ». Cette pression alimente l’autocensure. « Les journalistes se disent : je ne vais pas faire ce sujet, je ne veux pas risquer ma vie. Cela rend la couverture des élections de plus en plus difficile », observe Keneth Kitambula. Une décision de justice restée lettre morte En 2024, la Haute Cour ougandaise a jugé que les attaques contre les journalistes étaient inconstitutionnelles. Mais pour les défenseurs de la presse, l’absence de sanctions concrètes entretient un sentiment d’impunité. Pour Canary Mugume, le scénario est déjà écrit : « Depuis Kawempe en 2021 jusqu’aux attaques de cette campagne, tout prépare le terrain pour la semaine prochaine. ...
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  • À l’ère de l’intelligence artificielle, le journalisme doit se réinventer
    Jan 3 2026

    Quel avenir pour le journalisme en ce début d'année 2026 ? La profession est constamment remise en question et même menacée, avec le développement exponentiel de l'intelligence artificielle. Chaque année, le Nieman Lab, un think tank rattaché à l'université américaine de Harvard, publie ses prédictions. Des dizaines de notes de personnalités du journalisme qui dressent un constat parfois très pessimiste mais offrent aussi des pistes de réflexion pour que les médias s'adaptent et survivent.

    L'intelligence artificielle redessine l'architecture même des salles de rédaction, constate Nikita Roy, fondatrice de Newsroom Robots Lab, un site de réflexion sur le journalisme et l'IA. Pour cette jeune journaliste, les médias sont confrontés à des changements majeurs : le public ne se contente plus de lire des informations mais dialogue directement avec l'intelligence artificielle pour obtenir des réponses. L'IA coupe tous les chemins d'accès aux médias et devient une porte d'entrée à l'information, enfin, l'intelligence artificielle devient créatrice d'information puisqu'elle se sert directement des contenus produits par les journalistes pour les recombiner, sans les contextualiser

    Dès lors comment continuer à exister pour un média traditionnel ? se demande Nikita Roy, lors d'une récente intervention au Global Media Forum. « La grande question que je pose aux salles de rédaction, c'est : si vous avez passé un accord avec ChatGPT ou pas d'ailleurs, et que vos informations sont consommées par ces bots, comment votre public va savoir qu'il s'agit bien de vos informations qu'ils consomment ? Que devient votre marque quand elle est consommée par une IA au milieu de multiples sources d'informations ? ».

    Un réel risque de disparition des médias traditionnels

    Le risque d'effacement des marques et de disparition des médias traditionnels est réel, selon plusieurs analystes qui publient leurs prédictions sur le site du Nieman Lab. Mais chacun y va de sa solution. Pour Basil Simon de l'université de Stanford, les médias devront restaurer la confiance avec leur auditoire, en misant sur la technologie. Selon lui, il faudrait développer une sorte de « pass de presse électronique » pour les journalistes qui scellerait cryptographiquement leurs paroles et images. Une information authentifiée contre les fake news véhiculées parfois par l'IA. Pour d'autres, les journalistes doivent cultiver leur différence et offrir des informations singulières, à la manière de marchands de glaces, qui proposeraient des saveurs et des contenants multiples, ironise Rishad Patel, cofondateur de Splice Media. Nick Usher, de l'université de San Diego suggère, lui, de faire un pas de côté. L'année 2026, dit-il, sera celle où les journalistes abandonneront les conférences de presse, car l'information institutionnelle est accessible à tous sur internet et n'apporte aucune plus value. Aller sur le terrain, enquêter, serait la clé.

    C'est ce que promeut aussi Alexandra Borchard, professeur à l'Université technologique de Munich, de l'enquête exclusive, du local, de l'information de niche. Les rédactions doivent se concentrer, dit-elle, sur les 5% d'informations qu'une IA n'est pas capable de produire. Que ce soit en utilisant les nouvelles technologies, ou en décrochant leur téléphone à l'ancienne, les journalistes pourront collaborer et apprendre les uns des autres, se réjouit-t-elle, en comblant le fossé intergénérationnel au sein des rédactions.

    Aujourd'hui l'économieBulle de l’IA, emploi, croissance: les grands défis de l’intelligence artificielle en 2026

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