Les mots et les images autour de l'enlèvement de Nicolas Maduro par les États-Unis copertina

Les mots et les images autour de l'enlèvement de Nicolas Maduro par les États-Unis

Les mots et les images autour de l'enlèvement de Nicolas Maduro par les États-Unis

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La manière dont les médias parlent de l’événement lié à Nicolás Maduro montre une bataille des mots. Les termes choisis ne sont pas neutres et les images jouent un rôle important pour construire un récit : ils influencent la façon dont le public comprend la situation et reflètent le point de vue de chaque média.

La bataille des mots est d'abord révélatrice de la lecture qu'on fait de cet événement. On peut employer le mot capture, comme le font les médias américains, un terme généralement réservé à des criminels, ou bien enlèvement, comme le fait la presse vénézuélienne, mais aussi des médias comme Le Monde, L'Express, France Info, RFI ou Marianne. À la Radio télévision suisse (RTS), on trouve même le mot kidnapping, un terme que la direction de la BBC a de son côté interdit. Elle recommande plutôt le mot « capture » ou bien « seizure » qui veut dire littéralement saisie. Mais rares sont les médias comme CNews à reprendre l'autre terme avec « capture » utilisé par la Maison Blanche, à savoir « exfiltration ». Et pour cause, une force militaire peut exfiltrer un président, mais c'est une exfiltration d'un milieu hostile et non pas vers un milieu hostile.

La photo de Nicolas Maduro menotté

Cette photo partagée par Donald Trump du dirigeant vénézuélien apparaît menotté en survêtement Nike avec un bandeau et un casque audio sur la tête. S'il n'y a pas de précédent historique, le cliché nous apparaît étrangement familier, c'est qu'il nous rappelle nombre de séries où les narcotrafiquants sont en survêt, de Narcos à El Chapo en passant par Gomorra ou Breaking Bad. Ensuite, il y a toutes ces fausses images ou ces hypertrucages vidéo qui construisent une réalité plus ou moins vraisemblable. Ces infox ont circulé à la vitesse de l'éclair sur les réseaux sociaux. Une image a même été partagée par Trump. Elle montrait une foule se réjouissant du départ de Maduro à Caracas alors qu'il s'agissait d'une manifestation hostile à l'occasion des élections 2024. L'IA joue bien entendu un rôle dans la construction de cette réalité parallèle, au point qu'il est souvent compliqué de démêler les vraies images des fausses quand on est exposé aux médias sociaux.

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L'importance des journalistes pour accréditer les faits

D'un côté, la Maison Blanche, qui livre son narco-pétro-récit à la façon d'une série télévisée, Trump déclarant suivre l'arrestation comme s'il regardait une émission de télévision. De l'autre, un pouvoir vénézuélien qui empêche l'entrée de 200 journalistes étrangers à la frontière colombienne et contrôle l'information d'une main de fer dans son pays. On a là tous les ingrédients pour ce que RSF appelle un vide informationnel. Au Venezuela, 14 journalistes ont encore été arrêtés lundi, puis relâchés. Mais la police a fouillé dans leurs téléphones portables pour débusquer les sources crédibles ou les infos vraies contraires au régime.

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