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  • La Capsule Philo #3 – J’ai lutté contre la fatigue
    Mar 3 2022
    Découvrez le troisième épisode de La Capsule Philo, notre format audio ! Ecoutez également notre émission sur Apple Podcast, Spotify, Deezer, ou encore Podcast Addict. https://lapausephilo.fr/wp-content/uploads/2022/03/Capsule-Philo-03-FATIGUE.wav Associée à la souffrance, à la faiblesse, à la dépression, la fatigue semble être le mal de notre siècle. Comment s’en débarrasser ? Est-ce seulement une question de volonté ? En creusant cette notion, on se rend compte que la fatigue est au cœur de l’humain. Résultat de causes sociales et de notre obligation d’endurer le monde, il semblerait que la solution pour agir commence par donner du sens à la fatigue que nous ressentons. Peut-être de quoi alimenter notre envie de nous révolter… J’ai une question pour vous : ça vous arrive de vous sentir fatigué, voire épuisé ? D’avoir un sentiment de mal-être, d’être incapable de faire quoi que ce soit ? Et bien moi, oui ! Ça fait quelques semaines que j’ai des tensions avec mon chef de service, et ça rend mes journées longues et très difficiles. Je suis certain que ni vous ni moi ne sommes les seuls à être dans ce cas, comme on peut s’en rendre compte en lisant la presse. Le 14 novembre 2021, le journal les Echos avait titré une tribune « La fatigue des Français, un symptôme, une alerte ». Le plus étonnant avec la fatigue, c’est la constance des réactions qu’elle provoque en nous-même et pour notre entourage : on nous encourage à nous « secouer » ou, au contraire, on se plaint de la la difficulté de notre situation. Finalement, la fatigue est comprise comme le signe d’une faiblesse ou de quelque chose de négatif dans le monde. Bon, d’accord, mais comment tenter d’y échapper ? Se « reprendre en main » ou plutôt « changer le monde » ? Les deux options semblent aussi impossibles l’une que l’autre : je ne peux pas me reprendre en main parce que je n’ai pas la recette magique pour raffermir ma volonté quand je suis déprimé, et je ne peux pas changer le monde parce que je ne suis qu’un être humain dont les forces sont très limitées. Comme toujours, le premier geste philosophique est de définir les concepts qu’on étudie. J’aimerais ici définir la fatigue comme une sensation produisant une souffrance ressentie avec une certaine intensité. Dans son Essai sur la Fatigue, Peter Handke écrit qu’il sent sa fatigue « avec la face d’une souffrance » Comme toujours, les définitions ne font que déplacer les questions qu’on se pose à propos d’un terme ou d’une idée. Quand Peter Handke associe fatigue et souffrance, par exemple, on peut se demander si on peut échapper à la fatigue par la volonté, et si toutes les causes de la fatigue sont comparables ? Dans son livre “Une histoire de la fatigue du Moyen Âge à nos jours”, Georges Vigarello ne m’a pas beaucoup remonté le moral. Pour lui « La fatigue est au cœur de l’humain : elle incarne la limite, au même titre que la maladie ou la mort ou la vieillesse. Elle symbolise la fragilité et il est donc difficile d’y échapper. La fatigue serait inhérente à notre “humaine condition”. Mais il va même plus loin : il montre que nous avons assisté au cours des derniers siècles à une mutation de la fatigue. Elle est au départ issue « de la résistance des choses » et s’est transformée en « une fatigue née de la résistance de soi » (UHF p 12). Romain Huët, dans son livre intitulé « de si violentes fatigues » va dans le même sens en indiquant (p 24) que « depuis les années 80, ont été mises à jour des causes sociales de la fatigue qui tendent à écraser les individus et à leur donner le sentiment d’être dessaisis de leur vie. Faisons le point : la fatigue que je ressens (et peut être vous aussi) serait à la fois la difficulté nouvelle à endurer le monde pour les individus de mon temps, et la conséquence de formes de vie actuelles fatigantes en soi. Je suis donc à la fois responsable et impuissant devant ma fatigue ! Autant dire que je suis doublement foutu. A moins que… Si je pousse le raisonnement un peu plus loin je me rends compte que, si mes conditions de vie induisent ma fatigue, alors la fatigue est un indicateur de ce que je dois changer. Comme le dit Christophe Desjours la fatigue « participe de la construction d’un espace moral de l’intolérable », qui devient le support à une protestation, comme par exemple la résistance. Mais résister, c’est agir, et en donnant à du sens à ma fatigue, je parviens à l’utiliser pour changer le monde et moi-même. C’est peut être cette façon de voir les choses qui peut me sortir de l’impasse : faire preuve d’imagination qui, si l’on en croit Laurent de Sutter, est une faculté première de l’homme bien plus que la volonté. Concrètement, si la fatigue provient dans certains cas d’une mauvaise ...
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  • La Capsule Philo #2 – J’ai accepté mon ignorance
    Mar 25 2021

    Découvrez le second épisode de La Capsule Philo, notre nouveau format audio !

    Ecoutez également notre émission sur Apple Podcast, Spotify, Deezer, ou encore Podcast Addict.

    https://lapausephilo.fr/wp-content/uploads/2021/03/CAPSULE-2-Ignorance-FINAL.wav

    Avez-vous déjà menti en prétendant connaître quelque chose que vous ignoriez ? Et bien moi, oui. Lorsque j’étais étudiant, je m’étonnais souvent lorsqu’un prof nous disait « Vous n’êtes pas sans savoir que…. », pour continuer sur des sujets qui m’étaient totalement inconnus. Est-ce que j’avais loupé quelque chose ? Etais-je en faute de ne pas savoir une évidence ? Je me suis rendu compte qu’on imaginait très souvent que les autres partageaient nos propres connaissances, que ce que je sais doit être su par tous. Ca m’a d’ailleurs très vite posé problème : si jamais je continue à prétendre que je sais ce que j’ignore, comment vais-je être capable de découvrir ce que je ne sais pas ?

    J’ai compris alors que le savoir était une force, et qu’avouer ne pas savoir, c’était se montrer faible ou vulnérable. Quoi ? Tu ne connais pas ce livre ? Ça m’étonne beaucoup, de la part d’un philosophe… Car oui, chaque personne a des attentes sur les connaissances des autres : c’est justement le fait de posséder certaines connaissances qui construit l’appartenance à un milieu social, économique et culturel. Le fait de ne pas posséder certaines de ces connaissances, et d’envisager qu’elles devraient être connues par tous m’est assez vite apparu comme une violence, un rapport de force fait entre certaines classes à partir du savoir. C’est pourquoi l’un de mes principes dans la vie est devenu le suivant : « ne jamais présumez de la connaissance des autres, et ne jamais avoir peur de ne pas savoir. » D’ailleurs, n’oublions pas que la maxime principale de Socrate était bien « je sais que je ne sais rien » : plutôt que d’imposer mes conceptions, en m’affirmant ignorant, je m’ouvre à ce que l’autre peut m’apprendre, j’accueille ce qui est différent et je cherche véritablement à comprendre.

    L’ignorance n’est une faiblesse que si l’on s’empêche d’être curieux et d’apprendre, elle est une vulnérabilité seulement aux yeux de ceux qui valorisent l’érudition mondaine. Au Japon, dans le bouddhisme Zen et dans certains arts martiaux, on utilise le concept de ShoShin, qui signifie « l’esprit du débutant ». Ce principe d’humilité guide la pratique et la vie de tous, même des maîtres qui excellent dans leurs arts. Il nous apprend à toujours rester dans une attitude d’apprentissage face aux autres. D’ailleurs, plus on apprend, plus on prend conscience que nos connaissances peuvent être remises en question, et que le champ de ce qu’on ne sait pas encore est immense, voire même infini. Plutôt que de vouloir tout maîtriser et prétendre tout savoir, pourquoi ne pas accepter d’être vulnérable, afin de créer les conditions du partage et de l’enseignement ? Cela suppose une certaine force d’âme, celle d’accepter de ne pas correspondre aux représentations que l’on pourrait avoir de vous, et de voir dans la connaissance autre chose qu’un rapport de force.

    Et vous, êtes-vous prêts à accepter d’être ignorants ?

    Merci à l’équipe de La Pause Philo pour cette capsule :
    • Nicolas pour le texte et la lecture
    • Martin pour le montage audio
    • Killian pour l’illustration

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  • La Capsule Philo #1 – Je n’ai pas répondu à mes mails
    Feb 23 2021
    C’est une envie qui nous anime depuis longtemps : celle de diversifier les manières de faire des pauses philo. Pour donner la parole au plus grand nombre sur les pratiques concrètes de la philosophie, nous avons le plaisir d’annoncer la création des « capsules philo »! Nous en sommes au début de ce projet, et beaucoup de choses restent à améliorer, mais nous espérons que vous aimerez ce nouveau format de podcast court et qu’il vous permettra de continuer à interroger votre quotidien à l’aune de la philosophie. Ecoutez également notre émission sur Apple Podcast, Spotify, Deezer, ou encore Podcast Addict. https://lapausephilo.fr/wp-content/uploads/2021/02/CAPSULE-PHILO-1-ACRASIE.wav Hier soir, j’ai regardé un excellent film. Ce fût un plaisir qui m’a pourtant laissé un petit arrière-goût amer. Je m’étais en effet promis de répondre à plusieurs messages dont certains devenaient un peu urgent. Finalement j’ai renoncé et me suis laissé absorbé par le film. Et pourtant, objectivement, le traitement des messages aurait été la meilleure décision. J’ai donc terminé la soirée en n’étant pas très fier de moi. Je me suis un peu réconforté en me disant que ce genre de mésaventure concernait sans doute pas mal de monde. Du coup, ce matin, je me suis demandé si des philosophes avaient eu la bonne idée d’aborder ce sujet pour ne pas laisser dans le désarroi leurs congénères. Mais quel sujet exactement ? En y réfléchissant un peu plus, il m’a semblé que je ne m’étais pas menti à moi-même : je n’avais pas essayé de biaiser et avais parfaitement conscience de ce qu’il convenait de faire de ma soirée d’hier. Disons que j’ai plutôt agi contre mon meilleur jugement. C’est justement ce trait de la pensée qu’Aristote nommait Acrasie. A sa suite, des philosophes contemporains comme John Elster ou Ruwen Ogien ont préféré parler de faiblesse de volonté. Si l’on reprend les textes de ce dernier auteur pour essayer de comprendre cette étrange faculté de notre esprit à décider contre lui-même, on peut en retenir deux grandes idées : La première est que l’acrasie, ou faiblesse de volonté, consiste finalement à ne pas prendre en compte l’ensemble des informations auxquelles on a pourtant accès pour juger de la situation.La seconde idée est que la personne dont la volonté manifeste des signes de faiblesse tire les bonnes conséquences des données sur lesquelles elle s’appuie…tout en sachant qu’il existe des éléments pertinents qu’elle laisse de côté. C’est ce constat qui permet à Patrick Savidan de dire que la faiblesse de volonté conduit à ne pas être raisonnable mais n’empêche pas d’être logique. Me voici donc un peu rasséréné : ma honte est un peu moins grande maintenant que je sais qu’en me laissant aller à mes penchants cinématographiques j’ai été inefficace mais pas forcément inconséquent… Mais alors, l’acrasie permettrait-elle de réhabiliter la paresse où le refus de faire son devoir ? Pas exactement. Elle nous conduit plutôt à voir que ce n’est pas forcément cette question qui est en jeu lorsque l’on ne fait pas ce que l’on devrait. Il faut plutôt envisager la possibilité qu’il n’y ait pas de lien direct entre le vouloir et le faire La notion nous permet de prendre du recul par rapport aux conceptions trop moralistes de la responsabilité individuelle pour qui, quand on veut on peut ! Comme souvent, quand on prend un peu de distance avec le moralisme, on peut mieux prendre en compte le réel et, en l’occurrence, il est plus facile de comprendre pourquoi les sciences humaines arrivent plutôt à une conclusion opposée sur le sujet. Elles constatent par exemple que si l’on peut faire de longues études on a plus de chances d’être motivé pour le faire… Pour le dire de façon lapidaire, c’est plutôt le « si l’on peut, on veut » qui semble le mieux expliquer les conduites. Bon je me résume. Le triste sort réservé à mes messages ne doit pas être d’abord analysé comme un manquement moral mais comme un manque de pertinence de mon choix au regard de certaines caractéristiques objectives de la situation. J’ai été plutôt mal avisé que mal intentionné. Le sentiment d’inconfort que j’ai commencé par ressentir en ne faisant pas ce vers quoi mon jugement me guidait confirme l’intensité d’une question philosophique connue sous le nom de paradoxe d’Ovide : « je vois le bien, je l’approuve…et je fais le mal ! » La mobilisation de la notion d’acrasie ou de faiblesse de volonté ne permet certainement pas de le solder. Cela permet simplement de constater qu’aborder cette question avec une vision moraliste ne permet pas d’en saisir les enjeux pratiques. Merci à l’équipe de La Pause Philo pour cette capsule : Vincent pour le texte et la lecture Martin pour le montage audioKillian pour...
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