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  • Liberté de la presse en France : l’Ofalp recense les entraves au droit d'informer
    Feb 21 2026

    « L’atelier des médias » reçoit Lucile Berland, coprésidente de l’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse (Ofalp), pour présenter le premier rapport de cette association qui entend recenser les atteintes à l'exercice du journalisme en France.

    Après un premier échange au cours des Assises du journalisme de Tours en 2023, un collectif de professionnels et de citoyens s'est mis au travail pour documenter ce qui n'était jusqu'alors qu'un sentiment diffus. Comme l'explique Lucile Berland au micro de L'atelier des médias de RFI, la création de l'Ofalp répondait à un besoin urgent : « On avait tous cette impression un peu diffuse du côté des journalistes indépendants, des syndicats, des associations, mais sans pouvoir la documenter. C'était un vrai angle mort ».

    La puissance publique, premier auteur d'atteintes

    Le premier rapport annuel de l'Ofalp, portant sur l'année 2024, recense 91 atteintes avérées sur le sol français. Le constat est sans appel : dans 41,8 % des cas, les auteurs sont des acteurs publics ou des représentants de l'État (forces de l'ordre, élus, ministres). « C’est l’une des surprises du rapport. Je ne m’y attendais pas du tout ​​​​​​», confie la coprésidente.

    L'année 2024, marquée par un contexte électoral tendu, révèle également une forte hostilité émanant de l'extrême droite. Qu'il s'agisse de violences physiques en manifestation ou d'entraves administratives plus silencieuses, comme le refus de communiquer des documents publics via la Cada, la liberté d'informer subit des pressions multiformes.

    À lire aussi Quand médias et ONG sont entravés par le droit : entretien avec Sophie Lemaître

    Un enjeu démocratique global

    Au-delà des agressions physiques, le rapport met en lumière des menaces plus structurelles : procédures-bâillons (SLAPPs) visant à épuiser financièrement les journalistes et les rédactions, remises en cause du secret des sources et concentration des médias aux mains de quelques milliardaires.

    Pour Lucile Berland, ces atteintes à la liberté de la presse ne concernent pas uniquement la corporation des journalistes, mais bien l'ensemble de la société civile : « Chaque fois qu’un journaliste est entravé, ce n’est pas qu’une histoire corporatiste, c’est grave pour la démocratie en général car [...] on empêche une information souvent d’intérêt public d’émerger dans le débat public ». Et les conséquences sont concrètes : « Dans 6 cas sur 10, cet impact est bien réel. Ce n’est pas seulement le journaliste qui a été entravé, c’est une info qui ne sort pas ou qui sort de manière partielle. »

    En France, pays classé au 25e rang mondial de la liberté de la presse par Reporters sans frontières, les acquis sont fragiles. Aussi, l'Ofalp invite les citoyens et les rédactions à se saisir de ce combat : « Notre liberté, c'est votre droit de savoir », dit son crédo.

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    34 min
  • Les ondes courtes de la radio n’ont pas dit leur dernier mot
    Feb 14 2026

    12 antennes géantes situées au centre de la France diffusent les programmes de RFI en ondes courtes. Ces ondes, qui parcourent des milliers de kilomètres, continuent d’informer des millions d’auditeurs, notamment zones rurales ou dans des pays qui se ferment. En écho à la Journée mondiale de la radio, L’atelier des médias s’intéresse aux ondes courtes.

    À l'heure du tout numérique, la radio par ondes courtes (OC) ou shortwave (SW) n'est pas encore reléguée au passé. C'était l'idée d'une table ronde qui s'est tenue le 31 janvier 2026 au festival Longueur d’ondes, à Brest, dont cet épisode de L'atelier des médias fait entendre des extraits choisis.

    Aux côtés de Steven Jambot se trouvaient Carlos Acciari, chargé de la planification ondes courtes au service diffusion de RFI, et Jérôme Hirigoyen, directeur du développement et des radios internationales chez TDF.

    Le rebond sur l'ionosphère : une technologie qui fait fi des frontières

    Le secret de la puissance des ondes courtes réside dans la physique. Contrairement à la FM, dont la portée excède rarement 70 kilomètres, les ondes décamétriques (entre 3 et 30 MHz) utilisent l'ionosphère – une des couches de l'atmosphère comme un miroir.

    Depuis le centre émetteur de TDF près d'Issoudun (Saint-Aoustrille et ses alentours, pour être précis), en région Centre, 12 antennes géantes ALLISS de 80 mètres de haut diffusent les programmes de RFI par bonds successifs sur des milliers de kilomètres. Cette infrastructure, l'une des plus performantes au monde, permet de cibler des zones jusqu'à 15 000 km de distance.

    À écouter aussi Ondes courtes: à la découverte des antennes géantes qui diffusent RFI à travers le monde

    HFCC et géopolitique des ondes courtes

    La gestion des fréquences mondiales repose sur une coordination internationale rigoureuse. Deux fois par an, les grands diffuseurs mondiaux (Américains, Chinois, Russes, Japonais, Français...), qui représentent des radios comme BBC, VOA, DW, NHK, KBS se réunissent au sein de la HFCC (High Frequency Coordination Conference) pour s'accorder sur les plans de fréquences et éviter les brouillages. Jérôme Hirigoyen décrit ces rencontres comme des « accords entre gentlemen » essentiels pour assurer la clarté du signal.

    Dans un contexte de tensions mondiales, la HF (haute fréquence) redevient un enjeu de souveraineté. Si un satellite peut être brouillé par une simple antenne au sol, il est extrêmement complexe et coûteux de neutraliser totalement les ondes courtes. C'est aussi le média de « dernier recours » lors de crises ou de blackouts. Jérôme Hirigoyen souligne cette permanence stratégique : « Quand on a besoin de communiquer, ça reste un média extrêmement robuste. »

    Un futur numérique : DRM et DRM Cast

    L'innovation ne délaisse pas les ondes courtes avec la norme DRM (Digital radio mondiale). Ce format numérique offre une qualité audio supérieure, réduit la consommation d'énergie de 30 à 40 % et permet la transmission de données (images, textes). RFI et TDF expérimentent actuellement le projet DRM Cast, pensé comme un véritable « serveur de podcasts ».

    Ce boîtier autonome, couplé à un panneau solaire, capte le signal DRM et stocke les données reçues afin de pouvoir les rediffuser en WiFi. Dans un camp de réfugiés ou une zone sans internet, les utilisateurs peuvent ainsi télécharger gratuitement des contenus sur leur smartphone.

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    32 min
  • « High School Radical » : Max Laulom filme à l'iPhone ses amis devenus pro-Trump
    Feb 7 2026

    Le vidéaste français Max Laulom, 28 ans, a signé avec High School Radical (Arte, 2025) un documentaire singulier qui confronte ses souvenirs de lycéen en Oklahoma à la réalité d'une Amérique fracturée.

    Dix ans après son année d'échange, Max Laulom est retourné voir ses anciens amis, presque tous devenus partisans de Donald Trump. Les 4 parties de son documentaire, High School Radical, diffusé sur Arte.tv et sur YouTube, cumulent déjà plusieurs millions de vues.

    « L'iPhone casse la distance »

    La signature de Max Laulom réside dans son usage exclusif du smartphone. En s'appuyant sur les codes du vlog, il propose une forme de témoignage incarné et immersif. Pour lui, cet outil change radicalement le rapport à l'autre : « L’iPhone casse la distance ». Cette approche, qu'il qualifie de vlog documentaire, permet de capturer le réel mieux qu'une caméra : « C’est filmer aussi la banalité, c’est filmer les petites choses, c’est laisser le réel venir pénétrer l’enregistrement, les aléas aussi ». En tournant seul, il devient plus mobile et réactif, capable de « dégainer » son téléphone pour saisir la ferveur d'un meeting ou la tension dans un stand de tir.

    À écouter aussiLe youtubeur Gaspard G raconte sa «mission d'information»

    Une Amérique enfermée dans des « bulles médiatiques »

    Le voyage de Max Laulom révèle une population assaillie par un flux constant d'informations. Il décrit des citoyens évoluant sous une véritable « cloche médiatique », s'informant via des podcasts d'opinion plutôt que par les médias traditionnels : « Chacun évolue dans son propre paysage idéologique. » Lors d'un meeting de Donald Trump, il a observé une ferveur quasi mystique : « C’est une messe religieuse et c’est un gourou qui vient annoncer la fin des difficultés pour ces gens-là. » Face à ce « raz de marée émotionnel », les discours factuels peinent à résonner.

    Documenter la « bascule » du monde

    Malgré la polarisation et le spectre d'une guerre civile évoqué par ses interlocuteurs, Max Laulom a produit un documentaire qui s'achève par un plaidoyer pour le dialogue. « Ma solution, c'est de rester en contact avec eux parce que [...] je suis presque une des seules composantes de leur environnement cognitif qui n'est pas de ce monde-là », explique-t-il.

    Max Laulom entend poursuivre cette exploration des bascules de notre monde — qu'elles soient politiques, militaires ou climatiques — prochainement en Ukraine (où il se trouve en ce moment, et pour la troisième fois), en Syrie et au Groenland. Son message pour la nouvelle génération de vidéastes est simple : « Si tu veux faire un film, tu as juste besoin d'un truc qui filme », des paroles d'Orelsan.

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    35 min
  • Un manuel d’écoute des médias sonores invite à tendre l’oreille
    Jan 31 2026

    Alors que se tient à Brest le festival Longueur d'ondes, dédié à la radio et à l'écoute, L'atelier des médias présente “Tendre l’oreille”, un manuel d’écoute des médias sonores. Ses deux auteurs, Ariane Demonget et Etienne Noiseau, invitent à une écoute plus consciente et plus critique de la radio et des podcasts.

    Ni essai théorique, ni thèse universitaire, cet ouvrage se veut un compagnon d'expérience pour susciter la curiosité. Les auteurs du livre Tendre l'oreille, liés à l'association Beau bruit, ont choisi de s'adresser au public sur un pied d'égalité. Comme l’explique Ariane Demonget : « On a voulu être du début jusqu’à la fin toujours du même côté : du côté de l’écoute. Nous sommes tous et toutes des écoutants. »

    Cette démarche est associée au travail graphique de Catherine Staebler, qui a conçu une narration visuelle dynamique pour rendre les concepts sonores palpables. Selon Étienne Noiseau, cette collaboration a permis au livre de dépasser le simple texte : « Par moment le dessin prend la narration en main. Parfois le dessin apporte une illustration, parfois le dessin apporte un petit décalage par rapport à ce qui est écrit. » L'ouvrage propose ainsi des exercices concrets, comme le « zoom sonore », invitant à percevoir les sons depuis son propre corps jusqu’à « toucher l'horizon sonore ».

    Décoder la radio

    L'un des objectifs majeurs du manuel est de rappeler que tout contenu audio est une construction. Contrairement à l'image d'un média de l'instantanéité, Étienne Noiseau souligne que « la radio, contrairement à des idées reçues, est un média de l’écrit la plupart du temps », s'appuyant sur des scripts et des conducteurs précis.

    Le livre lève également le voile sur le pouvoir du montage, une étape cruciale. Étienne Noiseau prévient : « Couper dans un son, ça peut ne pas se percevoir [...] ça peut amener peut-être dans certains cas à faire dire quelque chose à quelqu’un qui n’a pas vraiment dit comme ça. » Cette malléabilité du sonore, si elle permet une grande créativité, impose aux auditeurs de passer de la simple audition à une « auralité » consciente, c’est-à-dire comprendre que le message est spécifiquement mis en forme pour être reçu par une oreille.

    Les défis de l'IA et la sobriété numérique

    L'entretien aborde aussi les enjeux contemporains, de l'intelligence artificielle générative — capable de créer de « vrais faux » témoignages, à l'image de cet épisode des Pieds sur terre (France Culture) — à l'empreinte environnementale du numérique. Les auteurs rappellent que la bande FM reste bien plus sobre en énergie que le streaming mobile, consommant quatre fois moins de ressources.

    Que ce soit à travers l'écoute solitaire au casque ou l'expérience collective, l'ambition d'Ariane Demonget et Étienne Noiseau est de « poser une petite pierre de ce que pourrait être une éducation à l'écoute ». Dans une société saturée d'écrans, ce manuel offre un temps de respiration pour tenter de comprendre ce qui se joue entre nos deux oreilles.

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    38 min
  • Continuer à informer sur le terrain des conflits
    Jan 24 2026

    Gaza, l’Ukraine, le Soudan, l’est de la RDC, le Venezuela, l’Iran, … Face à la multiplication des crises mondiales et à l'évolution technologique des conflits, la sécurité des reporters est au cœur des préoccupations des rédactions. L'atelier des médias diffuse des extraits choisis d'une table ronde qui réunissait des représentants de l'AFP, de TF1-LCI, de l'Unesco et de l'Armée de Terre française pour analyser les défis du moment, entre zones de non-droit et guerre informationnelle.

    Le 15 janvier 2026, lors de l'événement Médias en Seine, le débat a débuté par un constat sombre : le monde est devenu plus dangereux pour les journalistes. Andrea Cairola, conseiller à l'Unesco, souligne un retour massif des attaques physiques après des décennies de déclin.

    Ce climat d'insécurité extrême touche particulièrement Gaza, où plus de 220 journalistes ont été tués selon RSF et où les infrastructures de presse n'ont pas été épargnées. Phil Chetwynd, directeur de l’information de l'AFP, s'alarme de ce franchissement de lignes rouges : « Notre bureau à Gaza a été ciblé par quatre tirs d'un char qui a tiré très concrètement sur la salle des serveurs pour éliminer une caméra live qui donnait sur le champ de bataille. »

    La guerre des drones en Ukraine

    Sur le terrain ukrainien, la menace a changé de visage avec l'utilisation massive des drones. Solenn Riou, reporter pour TF1-LCI, explique que l'identification traditionnelle du journaliste (« presse » sur le gilet ou le véhicule) est devenue paradoxalement un danger.

    Elle décrit une réalité quotidienne éprouvante et reprend les propos d'un officier rencontré dans ce pays : « Le terrain ukrainien, c'est comme une autoroute, une autoroute de drone, ça s'arrête jamais ». Cette évolution oblige les reporters à une certaine discrétion et à une préparation logistique sérieuse, où le soutien des fixeurs locaux devient vital.

    L'importance de la formation des journalistes de guerre

    Pour faire face à ces dangers, la formation est devenue le pilier de la stratégie éditoriale des grands médias. Des stages intensifs, comme celui proposé par l'armée française à Collioure (au CNEC), permettent aux journalistes d'apprendre les gestes de secourisme de combat et de comprendre les effets des armes.

    Le Commandant Philippe, chef de la section médias du SIRPA-Terre, insiste sur l'importance de ce dialogue entre militaires et journalistes : « Nous les armées, l'objectif n'est pas de vous censurer vous les médias, mais de vous permettre de faire votre travail. »

    La bataille de l'information et de la confiance

    Enfin, l'époque est marquée par une guerre hybride où la désinformation est utilisée comme une arme par certains belligérants. La lutte contre la propagande et le maintien de la confiance du public sont les ultimes remparts du journalisme de terrain. Phil Chetwynd conclut sur la nécessité de la nuance : « Notre travail, c'est vraiment un travail de nuance [...] une des choses les plus importantes [...] c'est d'expliquer clairement ce qu'on ne sait pas ».

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    33 min
  • Mark Zuckerberg, Sam Altman, Pavel Durov: les dirigeants de la tech vus par Guillaume Grallet
    Jan 17 2026

    Dans cet épisode de L'atelier des médias, Steven Jambot reçoit Guillaume Grallet, rédacteur en chef sciences et tech au magazine Le Point, pour discuter du livre qu'il vient de publier, Pionniers, dans lequel il fait le récit de ses rencontres avec plusieurs figures de la tech mondiale.

    L'intelligence artificielle bouleverse nos sociétés et ouvre des perspectives vertigineuses, entre progrès scientifique et risques existentiels. Fruit de quinze ans de terrain, Pionniers : Voyage aux frontières de l'intelligence artificielle nous emmène à la rencontre de personnalités du monde de la tech et notamment de l'IA.

    Le journaliste français Guillaume Grallet n'y cache pas sa curiosité pour ces créateurs, rappelant qu'il leur pose quasi systématiquement trois questions : leur vision du monde dans dix ans, la personnalité qu'ils aimeraient rencontrer, et ce qu'il faut apprendre aux enfants à l'ère de l'accélération technologique.

    Guillaume Grallet explique sa démarche : « C'est une véritable curiosité de savoir quel monde toutes ces personnes inventent ». Ce voyage journalistique révèle que la Silicon Valley n'est pas un bloc monolithique. Par exemple, si Jensen Huang (Nvidia) estime qu'il ne sert plus à rien d'apprendre à coder, Dario Amodei (Anthropic) soutient au contraire l'importance de comprendre le fonctionnement des machines.

    À écouter aussi :Plongée sociologique au cœur de la Silicon Valley

    Entre transhumanisme et repli protecteur

    Dans son livre, Guillaume Grallet raconte ses rencontre avec des figures emblématiques de la tech, à commencer par Mark Zuckerberg – patron de Meta – dont les convictions transhumanistes l'amènent à imaginer une communication par la pensée d'ici 30 à 50 ans. Pourtant, parallèlement à ces ambitions globales, le patron de Meta semble se préparer à un avenir sombre en construisant un complexe autosuffisant à Hawaii.

    Face à ces projets parfois opaques, Guillaume Grallet plaide pour une transparence accrue : « Il faut que tous les artisans de ces technologies nous expliquent où ils veulent nous emmener et surtout incluent tout le monde et ne pas nous emmener vers une dystopie ».

    L'émergence d'une IA souveraine et diverse

    Cet entretien s'intéresse aussi à la place de l'Afrique dans cette révolution. À travers des figures comme Pelonomi Moiloa et les conférences Indaba, une résistance s'organise contre le « néocolonialisme numérique ». L'objectif est de valoriser la richesse des quelques 2 000 langues africaines pour créer des outils adaptés aux réalités locales, notamment pour l'agriculture ou le climat.

    Guillaume Grallet souligne l'importance de cette diversité : « On voit des personnalités [...] qui veulent s'appuyer peut-être sur la diversité des langues africaines pour changer le monde ». De la même manière, il salue les efforts européens, comme ceux d'Arthur Mensch avec Mistral AI, qui refusent la fatalité de dépendre uniquement des géants américains.

    Rester humain : le défi des « neurodroits »

    Ayant lui-même expérimenté l'implantation d'une puce NFC en 2015 avant de la faire retirer, Guillaume Grallet alerte sur les dérives de l'augmentation humaine. Il rappelle que l'innovation technologique doit rester un outil de progrès et non un moyen d'hybridation forcée.

    Face à des projets comme Neuralink, il devient essentiel de défendre nos neurodroits, explique Guillaume Grallet : « Si c'est 'nous augmenter, pour nous augmenter', là je dis non. Et je dis qu'il faudra dire non de plus en plus fermement ». Pour lui, l'intégrité de notre cerveau et le droit d'apprendre par soi-même sont des piliers de notre liberté future.

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    41 min
  • «Le Grand Continent»: l'esprit d'une revue de géopolitique, raconté par Gilles Gressani
    Jan 10 2026

    Gilles Gressani, directeur et cofondateur du Grand Continent, explique au micro de Steven Jambot comment sa revue s'est structurée au point de devenir une référence européenne du débat intellectuel et stratégique, en mêlant réactivité et approche du temps long.

    Fondé en 2019, Le Grand Continent a fait souffler un vent de fraîcheur sur le monde des revues. Pour Gilles Gressani, son directeur et cofondateur, l'espace médiatique est trop souvent saturé par des thématiques locales qui occultent les enjeux globaux, alors que les questions internationales sont désormais « surdéterminantes de l'espace national lui-même », explique celui qui est aussi président du groupe d'études géopolitiques. En s'affranchissant de « 95 % des polémiques un peu inutiles », sa revue fait le choix délibéré du temps long pour se concentrer sur les transformations structurelles et brutales du politique.

    Le numérique comme levier

    Bien que la revue paraisse annuellement en format papier chez Gallimard, elle est avant tout un pure player, un média né en ligne. Gilles Gressani y voit une « énorme possibilité de démocratisation », permettant de diffuser des analyses profondes auprès de millions de lecteurs.

    Face à la captation de l'attention par des contenus superficiels, il mise sur l'intelligence du public : « Mon pari, c'est toujours de penser que les lectrices et les lecteurs sont des individus, des personnes qui ont une souveraineté, qui sont intelligents et que du coup on ne doit pas prémâcher le travail pour eux. »

    Une revue « en 3D »

    Le modèle économique de la revue repose sur une stricte indépendance, sans publicité, financé par une communauté d'abonnés qui a presque triplé en un an, se félicite Gilles Gressani. Il compare la fabrication de ses contenus à celle d'un « restaurant de très grande qualité » où le savoir-faire artisanal transforme des produits bruts – analyses de chercheurs ou documents sources traduits – en clés de compréhension.

    Ce média ne se limite pas à ses contenus : il se déploie physiquement à travers des débats dans plusieurs villes européennes et très prochainement des masterclasses. Cette approche, qualifiée de « revue en 3D » par le journaliste Nicolas Truong, favorise de véritables confrontations d'idées. Pour Gilles Gressani, cet engagement, incarné par le Grand continent, est vital car « la capacité de résister à la nouvelle recolonisation passe d'abord par la capacité à résister à la colonisation des cerveaux ».

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    29 min
  • Comment médias et ONG sont entravés par le droit (rediffusion)
    Jan 3 2026
    La juriste française Sophie Lemaître a publié Réduire au silence, un livre dans lequel elle décrit « comment le droit est perverti pour bâillonner médias et ONG » dans des régimes autoritaires… Mais aussi dans des démocraties comme la France. [Rediffusion en version raccourcie de l'épisode du 13 septembre 2025] Sophie Lemaître, docteure en droit, dépeint un phénomène mondial, le lawfare, qui menace gravement la liberté d'expression et l'espace civique. Si ce concept vient du domaine de la guerre, il « se transvase très bien pour tout ce qui est atteinte à la liberté de la presse, à la liberté d'expression et à la liberté d'association », explique-t-elle. Elle qualifie cette pratique d'« arme de dissuasion massive parce que le droit n'est plus à nos côtés, il est utilisé contre nous, contre la liberté d'informer et notre droit d'être informé ». Les cibles sont clairement identifiées : les journalistes et les défenseurs des droits humains. La stratégie est simple : « à partir du moment où vous travaillez sur des sujets qui dérangent des intérêts puissants, qu'ils soient politiques ou privés, on va utiliser le droit pour vous réduire au silence ». Les « poursuites bâillons » ou SLAPP (Strategic lawsuits against public participation) sont emblématiques de cette tactique. Leur objectif premier n'est pas de gagner le procès, mais d'« épuiser financièrement, émotionnellement, personnellement » la cible. Ainsi, dit-elle, « c'est la procédure qui vous étouffe ». La diffamation est la procédure la plus couramment travers le monde. Son danger réside dans le fait que « dans plein de pays, la diffamation est criminalisée. Donc, on peut avoir une une amende, mais on peut également aller en prison. » L'effet est « vraiment dissuasif. (...) Est-ce que vous allez continuer à écrire sur la corruption ou sur les atteintes dans l'environnement ? Vous allez peut-être vous poser deux fois la question avant de publier un article ou une enquête sur le sujet. » Sophoe Lemaître cite l'exemple du groupe français Bolloré qui a déposé « une vingtaine de plaintes en diffamation » dès qu'un article « pouvait déranger ». Les poursuites transfrontalières, où la plainte est déposée « non pas dans le pays dans lequel le journaliste vit mais à l'étranger », amplifient la difficulté : « Vous ne connaissez pas le pays, vous ne maîtrisez peut-être pas la langue. Clairement vous ne maîtrisez pas le système judiciaire. Donc ça va vous obliger à devoir trouver un avocat spécialisé et ça va vous coûter beaucoup plus cher. » Les États ne sont pas en reste. « Ils ont tout un arsenal disponible qu'ils peuvent utiliser contre les médias et les associations. » Les lois sur les « agents de l'étranger » en Russie, en Hongrie ou en Géorgie en sont un exemple typique. Les avocats qui défendent des journalistes deviennent eux aussi parfois des « cibles prioritaires ». Face à ces menaces, Sophie Lemaître souligne l'importance de la riposte et de l'union. Elle mentionne la « directive européenne contre les poursuites bâillons » comme un pas significatif. Pour les citoyens, l'action est cruciale : « une première chose que l'on peut faire, c'est de repartager quand vous voyez des enquêtes de journalistes, repartager leurs enquêtes. [...] alertez, parlez-en autour de vous. » Elle conclut sur le « sentiment d'urgence » qui l'a fait écrire ce livre : « On est à un point de bascule. On peut très facilement aller du côté d'une démocratie illibérale ou une autocratie. » Il est donc « essentiel de se mobiliser, de soutenir les associations, les journalistes, mais aussi les magistrats qui sont ciblés ».
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