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Aldor (le podcast)

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Di: Aldor
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  • On the Beach (Le dernier rivage)
    Oct 5 2026
    Gregory Peck, Ava Gardner, Donna Anderson, Anthony Perkins Ava Gardner et Gregory Peck, magnifiques et sublimes de beauté ; Donna Anderson et Anthony Perkins, émouvants de jeunesse et de vulnérabilité ; Fred Astaire qui, bien loin de son habituel numéro de claquettes, incarne ici un savant atomiste rongé par le remords d’avoir contribué, par ses recherches, à donner au monde l’outil du désastre. La guerre nucléaire a fini par éclater ; des bombes et des missiles se sont échangés par dessus les océans et les continents ; et les nuages radioactifs ont tué toute vie, partout. Seule l’Australie demeure momentanément à l’écart de la mort qui rode ; mais dans quelques mois, elle sera touchée, elle aussi. Que fait-on quand on sait que la vie va s’arrêter, non pas seulement pour soi mais pour toutes et tous, à une date prochaine mais inconnue parce qu’elle dépend des vents et des pluies ? C’est ce que doivent découvrir les Australiens alors que l’été est là, et qu’à part l’essence qui manque et qui a rendu leur chance aux chevaux et aux bicyclettes, tout va bien en cette année 1964 (le film, réalisé en 1959, est un avertissement contre la possibilité d’un futur proche et apocalyptique). Melbourne est paisible ; les femmes et les hommes y vaquent, boivent, rient, élèvent et aiment leurs enfants ; et ils accueillent comme ils peuvent le commandant et les membres d’équipage de ce sous-marin nucléaire américain rescapé du Nord, ces hommes qui ont déjà tout perdu : femme, enfants, parents, amis, et qui vivront ici leurs derniers jours. C’est l’été, le soleil luit haut dans le ciel ; on va à la plage, aux régates, à la pêche ; on s’aime, on est tendre, on se dispute, on se repent, on s’enivre, on se reprend ; et tout cela, qui est empli de grâce, de gentillesse, d’humanité, tout cela est toujours un peu vain, toujours un peu trop tard ; et la joie même et le bonheur ont un goût de cendre, le goût des choses qui ne dureront pas. On s’aime, on rit, on câline ses enfants mais le gouvernement fait produire et distribuer à tous des pilules qui permettront à chacun de partir sans douleur, et de donner, quand il le faudra, une mort douce à ceux qu’on aime, ces êtres qu’on aime et qui ne peuvent se la donner eux-mêmes ; et les plus grandes insouciances ont du mal à se dépêtrer de cela. Aucun cadavre, aucune ruine. Quand le sous-marin est envoyé vers le nord pour voir ce qu’il en est, il ne trouve que des villes dont les rues sont vides car les femmes et les hommes, eux aussi, se cachent chez eux pour mourir. Il y a seulement, dans une raffinerie de San Diego, une bouteille de Coca attachée à un store que la brise soulève parfois, et qui émet des signaux en morse dépourvus de sens. Rien d’autre, rien d’horrible ou d’effrayant sauf le vide et le silence et peut-être aussi, dans les zones déjà touchées par les retombées, une image un peu surexposée et granuleuse, comme si la pellicule avait été irradiée. La photographie (Giuseppe Rotunno) est somptueuse. Sous l’été austral, les blancs et les noirs rayonnent, construisent des scènes magnifiques ; et la Waltzing Matilda, mise à toutes les sauces dans l’extraordinaire bande-son de Ernest Gold, tour à tour martiale, joyeuse, funèbre, accompagne cette longue agonie de l’Australie, de l’humanité, du vivant. La première projection du film, réalisé par Stanley Kramer et tiré du roman éponyme de Nevil Shute, eut lieu simultanément le 17 décembre 1959 dans une vingtaine de villes du monde entier, y compris Moscou où Gregory Peck se rendit. L’accueil fut intéressé, poli mais plutôt négatif, surtout aux États-Unis où l’œuvre fut considérée (pas totalement à tort) comme pacifiste et défaitiste. Le film ne s’est jamais vraiment remis de ce premier accueil, et a été oublié, rangé trop rapidement, malgré sa distribution, dans la catégorie des œuvres ennuyeuses parce que militantes ou à thèse. Mais quand on le découvre près de soixante-dix ans plus tard, alors que le risque nucléaire est toujours présent et que d’autres risques sont venus s’y ajouter, quand on le découvre près de soixante-dix ans plus tard, on est plutôt éblouis. Éblouis par la beauté des images et des êtres, l’infinie pesanteur des choses sous le soleil éclatant, assommés par cet irrémédiable qui s’approche et finira par être là, cette mort qui revêt la forme de l’air que l’on respire pour vivre ; cette mort qui dans l’air flotte comme cette banderole des dernières images du film, proclamant, mensongère pour les personnages mais peut-être vraie encore pour nous ; proclamant : « There is still time, Brother ». Un chef d’œuvre. Cet article On the Beach (Le dernier rivage) est apparu en premier sur Aldor (le blog).
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    7 min
  • Magnifique humanité
    Jul 17 2026
    Fleur de pavot Dans son encyclique sur l’intelligence artificielle, qui n’est pas aussi extraordinaire que le prétendent tous ceux qui en parlent sans l’avoir lue, mais qui est bien intéressante tout de même, Léon XIV, reprenant une pensée que son prédécesseur François avait longuement développée, rappelle que la dignité de l’être humain n’est pas dans ce qui, en lui, dépasse, mais en sa qualité de créature tenant les deux bouts. Ce n’est pas l’ange qui est admirable mais la créature faisant pont, à la fois ange et bête, qui sait ce qu’elle est et joue sa partition : 118. Notre rapport à la vie semble aujourd’hui en crise. Tout ce qui apparaît comme une “limite” – incapacité, maladie, vieillesse, souffrance, vulnérabilité – tend à être perçu avant tout comme un défaut à corriger, plutôt qu’un espace où l’humain mûrit et s’ouvre à la relation. Or, nous devons nous rappeler que l’humain ne s’épanouit pas malgré la limite, mais souvent à travers la limite. Une vision de la réalité à la lumière de la foi aide à reconnaître ce que nous appelons la “contingence” des choses de ce monde. Si, d’une part, il est de notre devoir d’essayer d’éliminer la souffrance qui marque la vie humaine, d’autre part, il est sage de reconnaître notre finitude constitutive, sachant que « l’expérience religieuse, et en particulier la foi chrétienne, proposent d’habiter, sans simplifications, cette ambivalence entre la grandeur et la limite de l’humain, en la lisant à la lumière de la relation originelle et fondatrice avec Dieu ». [131] 119. C’est précisément dans notre nature limitée que trouvent leur place la compassion, la sincère préoccupation face aux besoins des autres, la générosité qui surprend même au milieu des ténèbres et de l’échec, l’expérience spirituelle et l’adoration de Dieu. Nous le constatons dans de nombreux moments où la limite se fait concrète dans notre vie, lorsque nous essuyons un refus, lorsque nous souffrons de la maladie ou de la mort d’un être cher, lorsque nous faisons l’expérience de l’incapacité ou de l’échec. Mystérieusement, c’est précisément dans ces moments-là que nous pouvons trouver une sagesse nouvelle, toucher de nos mains l’affection des gens et expérimenter la présence du Seigneur. L’un des problèmes soulevés par l’IA n’est pas l’IA en soi mais le rêve, caressé par certains, que l’IA permette de décharger l’être humain de certaines taches jugées inintéressantes ou inutilement consommatrices de temps ou d’énergie, en oubliant que c’est souvent dans l’exercice de ces tâches que nous reprenons souffle, que nous pouvons jeter un regard sur le côté, que nous apprenons la vie et les choses. Je me souviens d’une collègue, devenue directrice de je-ne-sais trop quoi, qui, quand je commençai à travailler dans une grande entreprise du secteur de l’énergie, se plaignait de devoir faire les photocopies elle-même, considérant que cela n’était pas de son niveau, que c’était la sous-employer, que c’était du gâchis de haut salaire. J’ai toujours été stupéfait par ces attitudes prétentieuses et le manque de vergogne qui pousse à ne s’en pas cacher : pensait-elle vraiment que le monde ou quoi que ce soit allait pâtir des cinq minutes grignotées sur son activité purement cérébrale ; et ne voyait-elle pas, surtout, que ces cinq minutes d’échappée lui donnait la possibilité de rencontrer d’autres personnes, de s’extraire de sa bulle, d’enrichir sa pensée ? Ces gens qui pestent contre le temps passé en réunion ou dans les processus d’organisation et qui ne comprennent pas que là est le sel, le cœur de l’entreprise ! Je crains cette pensée, finalement transhumaniste, qui, sous couvert d’efficacité et de performance, envisage de confier à l’IA une part prépondérante des tâches. Non que je doute de ses qualités (elle sera beaucoup plus efficace que nous) ; non même que je craigne sa propension à se substituer à nous dans l’entièreté du champ des compétences humaines (peut-être la messe est-elle déjà dite) mais parce que le principe même de cette délégation, de cette croyance qu’on irait au delà de l’homme en lui épargnant tout ce qui le rattache à la bête et à ses besoins est le meilleur moyen, comme Pascal, déjà, l’avait exprimé, de perdre notre humanité, notre éminente dignité de créature entre les deux, d’eternels enfants de Sysiphe. Cet article Magnifique humanité est apparu en premier sur Aldor (le blog).
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    6 min
  • Fallout (la série)
    Jun 21 2026
    Lucy MacNeal (Ella Purnell) dans Fallout, (c) Prime video Je trouve étonnante, réjouissante mais suspecte aussi la capacité de l’industrie cinématographique étatsunienne à produire des films et séries qui, sous leur dehors récréatifs et satiriques, dénoncent de façon acerbe et assez effrayante les dérives possibles du système économique et politique où nous vivons, de cet sorte d’hyper-, méga- ou post-capitalisme qui est en train de naître sous nos yeux avec le pouvoir croissant des GAFA, des entreprises maîtresses de l’intelligence artificielle, et leurs relations de plus en plus étroites avec les pouvoirs politiques et militaires. J’en veux pour preuve la remarquable série Fallout produite et diffusée, ça n’est pas un détail, par Prime video, la filiale audiovisuelle d‘Amazon, l’Amazon de Jeff Bezos, qui est justement un des barons (je pense aux Harkonnens), un des héros, un des hérauts de cette privatisation du monde et des Etats en marche. La série Fallout décrit la quête croisée de trois personnages, très différents mais très attachants chacun dans son genre, dans des États-Unis qui, deux siècles auparavant, à une époque qui ressemble au début de nos années 1960, ont été ravagés par une guerre nucléaire. Bien que les horreurs soient montrées de façon grotesque et à grand renfort d’hémoglobine qui coule à si gros bouillons qu’elle ne fait plus peur, c’est un monde monstrueux, fait de violence et d’abandon, un enfer à la Jérôme Bosch auquel ne paraissent réchapper que les quelques milliers de personnes descendant des familles qui ont pu, au moment des ́attaques, se réfugier dans des abris, les vaults. Le nœud de l’histoire, et sa saveur amère, est que ce monde de cauchemar est en grande partie le fruit des manigances et relations incestueuses entretenues entre l’Etat fédéral et un conglomérat technico-industriel, Vault-Tec Corporation, constructeur et promoteur des abris anti-atomiques qui, largement financés par l’Etat, se vendent d’autant mieux que la tension internationale croît et que des bombes nucléaires ici et là explosent, jusqu’à la grande catastrophe finale, dont on ne sait pas très bien qui l’a causée, mais dont il n’est pas exclu que Vault-Tech soit in fine responsable. Mais les abris, qui ont permis à Vault-Tec de devenir un Etat dans l’Etat, ne sont pas ce qu’ils paraissent et prétendent être : ils sont bien moins des refuges destinés à sauver une partie de la population que des lieux-tests où le gouvernement, main dans la main avec des entreprises de la Tech et de la Défense, développe des expériences de psychologie sociale et collecte des données visant à mettre au point des techniques de contrôle et de manipulation des masses. Comme les réseaux sociaux et applications d’aujourd’hui, ils forgent les chaînes des utilisateurs qu’ils prétendent servir. Fallout dénonce, avec une extraordinaire acuité, l’hubris de ces méga-entreprises qui, sous couvert d’aider l’humanité, la magnifique humanité dont parle le Pape, visent à la contrôler par ivresse du pouvoir et à lui substituer quelque chose de prétendu surhumain mais en fait inhumain. Mutatis mutandis, ce pourrait être l’équivalent moderne des Lettres persanes ou d’un conte de Voltaire. Et c’est Amazon, un des principaux rouages de la machine qui accouche, sous nos yeux, de ce futur, c’est Amazon qui produit et diffuse cette série ! Je tire mon chapeau. Je suis admiratif de la capacité du système à laisser des voix critiques s’élever, à les susciter, le cas échéant, et à les transformer en des créations authentiques, des créations qui sont aussi des produits d’appel, des marchandises, remarquablement conçues et attractives dont la consommation donne le double plaisir des jeux du cirque et de la lucidité, finissant toujours, néanmoins, dans l’attente du nouvel épisode, de la nouvelle saison, dans la reconduction de cet abonnement à ce Vault-Tec moderne. Que faire ?, comme disait Lénine (qui était certes moins drôle et loin d’être parfait). Cet article Fallout (la série) est apparu en premier sur Aldor (le blog).
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    6 min
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