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  • Du sous-sol d'un musée belge aux mines congolaises: l’enjeu des archives géologiques de la RDC
    Feb 23 2026
    Quand des millions de documents se retrouvent au cœur d'un bras de fer entre la RDC, la Belgique et une société américaine. À Tervuren, à quelques kilomètres de Bruxelles, une partie des archives géologiques de la RDC dort dans le sous-sol de l’AfricaMuseum. Kinshasa réclame la numérisation de ces documents, un processus que l'État belge a démarré au début du mois. Mais une société minière américaine souhaite réaliser elle-même ce travail, ce que refuse la Belgique. C’est un voyage dans le temps qui commence d’abord sous terre. Une fois un dédale d’escaliers et de couloirs traversé, il faut franchir une porte, protégée par un code, pour accéder aux archives de l’AfricaMuseum, ancien Musée royal de l’Afrique centrale. Là, un demi-kilomètre de documents, de dossiers et de photos sont méticuleusement rangés dans de grandes armoires en fer gris. « Cinq cents mètres, ça représente entre trois et quatre millions de documents », glisse François Kervyn, géologue et chef du département des Sciences de la Terre du musée. À Tervuren, à plus de 6 000 km de Kinshasa, ces armoires renferment certaines des archives géologiques de la République démocratique du Congo. « Ces documents sont arrivés chez nous suite à la cessation d’activité de compagnies minières, explique François Kervyn. Ce sont aussi des travaux de géologues partis à la retraite et souhaitant laisser leur patrimoine intellectuel à notre institution. Il y a aussi des travaux de recherche réalisés par des géologues du musée après la période coloniale et d’autres réalisés par des chercheurs congolais ou africains. » Des cartes dessinées à la main, des rapports tapés à la machine à écrire et des milliers de photos qui détaillent soigneusement le contenu du sous-sol congolais. 2 millions d'euros d'investissement Une véritable mine d’or qui intéresse les autorités congolaises. Jusqu’à présent, ces archives étaient disponibles sur commande, « sollicitées de manière épisodique par des chercheurs qui souhaitent travailler sur des zones précises », raconte François Kervyn. « Nous avons ressenti les limites de cette approche, se souvient Bart Ouvry, le directeur de l’AfricaMuseum. On s’est rendu compte que la digitalisation est la manière la plus efficace de partager ces archives, afin que n’importe quel chercheur, où qu’il soit, puisse y avoir accès. » Le service géologique de la RDC a d’ailleurs demandé la numérisation de ces archives, mais compte tenu de leur volume, à l’époque, il était impossible pour le musée de s’exécuter immédiatement. « Nous n’avions pas assez de personnel », explique François Kervyn. Tout a changé lorsque l’AfricaMuseum a obtenu des financements de l’Union européenne : au début du mois de février, quatre géologues ont été recrutés et vont être rejoints le 1er mars par quatre archivistes et un informaticien. Un investissement d’environ deux millions d’euros pour mener à bien, en trois ans, la numérisation des archives, en se concentrant sur des zones prioritaires, définies par les autorités congolaises. Une société américaine veut aller plus vite D’ici 2029, le musée devrait avoir mis sur pied une base de données, après l’inventaire et la numérisation de ces centaines de milliers de documents. Un délai trop long, au goût de certains acteurs. Ainsi, en juillet dernier, le directeur général de la société américaine KoBold Metals en RDC, Benjamin Katabuka, a signé un accord avec Kizito Pakabomba, le ministre congolais des Mines, pour « lancer un programme d’exploration minière à grande échelle » en RDC. Parmi les clauses de cet accord de principe, la société, soutenue entre autres par Bill Gates, s’engage à déployer « une équipe aux archives géologiques de la RDC conservées au Musée royal de l’Afrique centrale pour commencer la numérisation des documents avant le 31 juillet 2025 ». Pour Bart Ouvry, le directeur du musée, il est impensable qu’une société étrangère pénètre dans les archives. « Nous sommes une institution publique qui travaille dans un objectif scientifique. Nous reconnaissons l’intérêt économique pour le Congo et notre but, c’est de transférer des données aux autorités congolaises et pas au bénéfice d’une seule société, quelle que soit sa nationalité. » L’AfricaMuseum est d’ailleurs soutenu dans sa démarche par le gouvernement belge. Citée par nos confrères de la RTBF, Vanessa Matz, la ministre en charge du Numérique et de la Politique scientifique, affirme que « la Belgique ne peut accorder un accès privilégié et exclusif à une société privée étrangère avec laquelle elle n’a aucun lien contractuel […]. La mise à disposition des archives doit s’effectuer selon les règles belges et européennes applicables, dans un cadre scientifique, non exclusif et non ...
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  • Minerais stratégiques: l’Afrique face au défi des contrats équitables
    Feb 22 2026
    Pour sa transition énergétique, le monde a besoin de minerais présents en masse dans les sols riches du continent africain. Cette course aux minerais stratégiques s’accélère, notamment avec le rapprochement États-Unis-RDC. Mais comment le continent peut-il vraiment tirer profit de la demande mondiale ? Illustration avec deux initiatives : mieux connaître ses sous-sols et réussir à négocier des contrats équitables. Avec notre envoyé spécial au Cap, On dit souvent que l’Afrique détient 30 % des minerais stratégiques. Mais pour le professeur Glen Nwaila, directeur du Centre africain de recherche sur les systèmes de minerai à l’université de Wits, l’exploration est encore trop peu financée sur le continent pour vraiment avancer des données précises. « Le plan pour l'avenir, afin de mettre à jour ces ressources, consiste donc en premier lieu à consolider les données africaines, souligne-t-il. Si vous recherchez des cartes géologiques et des gisements minéraux en Afrique, vous ne trouverez jamais de carte unique et unifiée. » Pour le chercheur, cette unification est essentielle, « car une fois que l'on dispose de plusieurs couches de preuves géologiques de gisements minéraux, on peut alors utiliser l'intelligence artificielle pour affiner la zone de prospection, puis des algorithmes pour définir les cibles dans différents pays. » D’autant plus qu’un état des lieux plus précis rassure les investisseurs internationaux, rappelle le professeur Nwaila. « Cela leur donne l'assurance que leur achat ou leur investissement générera les rendements escomptés. Et vous, ça vous permet donc de négocier un accord plus avantageux », estime-t-il. À lire aussiMinerais critiques en Afrique: «L'objectif est de devenir un continent où il y a des mines et des raffineries» Mieux négocier les contrats Les négociations représentent une étape cruciale pour que les gouvernements tirent vraiment profit de cette demande presque exponentielle en minéraux stratégiques, estime Olivier Pognon, directeur de l'ALSF – la Facilité africaine de soutien juridique, une organisation hébergée par la Banque africaine de développement et qui conseille les gouvernements du continent. « Ce sont des contrats extrêmement complexes et il y a un principe qui est admis, c'est que la raison pour laquelle un certain nombre de contrats n'ont pas profité aux pays africains, c'est parce que ces contrats étaient déséquilibrés », explique l'avocat. Ainsi, il tente de former les équipes sur le terrain, « de manière à pouvoir gérer les problématiques contractuelles qui se posent à eux. » Mais Olivier Pognon reste pragmatique : la route est encore longue face à des multinationales très expérimentées. Certains accusent par exemple la RDC de brader son potentiel minier aux États-Unis, ce que le pays réfute. « Ce sont des initiatives qui, à l'échelle d'un continent, prennent du temps. La satisfaction qu'on tire de ce que nous faisons, nous, ALSF, c'est que l'organisation a beaucoup gagné en crédibilité, indique l'avocat. Je pense que c'est un indicateur que la question de la bonne gouvernance dans les contrats, de la transparence, est une considération de plus en plus importante pour nos gouvernements. Il y a encore du chemin à faire. » L’organisation se félicite d’avoir permis aux gouvernements africains d’économiser plusieurs milliards de dollars ces dernières années, grâce à des contrats mieux négociés. À lire aussiRDC: La société civile souhaite une nouvelle liste de minerais stratégiques
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  • Du Bénin au Cameroun, des solutions à la cherté de l'alimentation dans l'aviculture traditionnelle
    Feb 19 2026

    Soutenir l'aviculture traditionnelle est un enjeu au Bénin, qui dépend toujours des importations malgré la volonté de les interdire. Au Cameroun, qui est au contraire autosuffisant en viande de volaille, l'aviculture traditionnelle est une source de revenus importante. D'où les innovations tentées dans ces deux pays pour améliorer la rentabilité du secteur.

    Poulets-bicyclette, mais aussi pintades, pigeons et dindons : l'aviculture traditionnelle fournit encore au Bénin les deux tiers de la volaille que produit le pays, toujours dépendant à 40% des importations. Mais un des principaux freins au développement de cette aviculture traditionnelle, c'est le coût de l'alimentation animale, qui est chère et qui entre en compétition avec l'alimentation humaine.

    « Le Bénin, à l'instar de certains pays de la sous-région, utilise le maïs et le soja, alors qu'au Bénin, le maïs est en concurrence avec l'alimentation humaine, explique Modeste Dayato, président de l'Association nationale des aviculteurs du Bénin. Donc ça crée de la spéculation, et le maïs devient un peu plus cher. C'est pareil pour le soja, qui est une source de protéines pour l'homme, alors que les animaux aussi utilisent le même soja. Donc pour nous, il est important qu'on essaie de trouver quand même des alternatives. »

    La concurrence de l'alimentation humaine

    Modeste Dayat s'est donc lancé dans la production d'asticots en installant un élevage de mouches soldat noire. Il espère le soutien des autorités, car il ne compte pas s'arrêter là. « On a commencé avec une petite production, et donc, actuellement, nous sommes en train de mettre en place un bâtiment carrément de 20 mètres sur 10, destiné exclusivement à la production d'asticots. Donc c'est une phase de croissance, une phase d'intensification que nous voulons faire. On a fini le gros œuvre, il ne reste qu'à installer les mouches et à entamer la production d'asticots à l'échelle. »

    Asticots et pois d'Angole à la place du maïs et du soja

    Au Cameroun, l'alimentation des volailles est également un défi pour que l'aviculture traditionnelle reste rentable. Car aux côtés de l'aviculture industrielle, ces petits élevages sont un complément de revenu pour les femmes. Hortense Alene coordonne un projet de recherche, Action pour l'élevage agroécologique de poulet local, dans les régions du Centre et de l'Adamaoua :

    « Pour remplacer par exemple le soja, qui représente pour les femmes une charge de travail supplémentaire, nous avons introduit le pois d'Angole qui, lui, est un arbuste qui donne des produits plusieurs fois avant d'être remplacé, précise-t-elle. Et elles ont apprécié parce que quand tu as mis le pois d'Angole en place, tu peux récolter trois à quatre fois au cours d'une même année. Ça, c'est un exemple de réussite. »

    Les éleveurs camerounais font aussi baisser le prix des rations pour les volailles en incorporant, aux côtés du maïs très cher, une autre source d'énergie : la peau de manioc – une astuce empruntée cette fois à leurs collègues béninois.

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  • Au Kenya, les médecins en grève pour alerter sur un système de santé fragilisé
    Feb 18 2026

    Pendant plus d'un mois, le personnel médical dans le comté de Nairobi a fait grève. Le mouvement a été levé temporairement début février 2026, sur ordre de la justice kényane. Les médecins dénonçaient, entre autres, des retards sur les versements des paies et un manque d'augmentation des salaires. C'est la dernière action en date du secteur, qui s'est souvent mobilisé ces dernières années.

    De notre correspondante à Nairobi,

    « Rien qu'en 2025, nous avons compté 23 mouvements de grève à travers le pays », lance Davji Bhimji Atellah. Secrétaire général du KMPDU, le principal syndicat des médecins du Kenya, il est sur le front de toutes les batailles. Il énumère les retards de salaires, une absence de revalorisation des rémunérations ou encore des pénuries de médicaments et d'équipements.

    Autant de conditions qui encouragent, selon lui, une fuite des médecins vers l'étranger, alors même que le pays fait déjà face à un manque crucial de ressources humaines. « Le ratio médecins-patients au Kenya est d'un pour 17 000, explique-t-il, alors que la recommandation de l'OMS d'un pour 1 000. Le pays fait face à une pénurie de médecins sur l'ensemble du territoire. Pourtant, il y a eu un nombre important de diplômés entre 2017 et aujourd'hui, mais plus de 3 000 sont actuellement au chômage. »

    À lire aussiKenya: la grève de médecins se poursuit et provoque un pic de mortalité

    Pour 2025-2026, l'enveloppe santé du gouvernement a été augmentée de plus de 8%. Elle ne représente toutefois qu'à peine plus de 3% du budget total, loin des 15% auxquels se sont engagés les pays africains lors de la déclaration d'Abuja en 2001. D'autant que le secteur a été éclaboussé par plusieurs scandales de corruption. Les hôpitaux manquent de fonds insiste Davji Bhimji Atellah : « Nous avons de nombreux comtés, ainsi que des établissements privés, qui se plaignent d'être créanciers auprès de la sécurité sociale. Ils ont fourni des services aux patients mais n'ont pas été payés. Ces hôpitaux se retrouvent donc dans l'incapacité d'offrir des services. »

    Il est estimé que près de 60% des revenus du gouvernement au Kenya servent à rembourser la dette. Collecter les impôts nécessaires reste un défi, selon l'économiste XN Iraki : « Tout le monde est censé bénéficier d'une assurance de la part du gouvernement, mais très peu la paient : principalement ceux qui sont employés. Les travailleurs indépendants ne la paient pas toujours, alors qu'environ 80% des travailleurs kényans sont dans le secteur informel et n'ont souvent pas les moyens de payer cette assurance. Il y a donc un manque de fonds pour financer les services médicaux. »

    Pour favoriser l'embauche des médecins kényans, Nairobi a imposé de nouvelles restrictions visant les praticiens étrangers dans le pays. Le ministre de la Santé a annoncé avoir révoqué plus de 200 licences. Une démarche soutenue par le secteur.

    À lire aussiAu Kenya, l'État coincé entre sa dette et le rejet des nouvelles taxes

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  • Au sommet Mining Indaba, les détails de l'accord minier entre la RDC et les États-Unis se dévoilent
    Feb 17 2026

    Qu'en est-il de l’accord entre la RDC et les États-Unis sur les minerais stratégiques ? Début février, les deux pays se sont retrouvés pour un premier comité de pilotage. La RDC produit plus de 70% du cobalt mondial, utilisé notamment pour les batteries électriques. Cet accord entre Washington et Kinshasa était évidemment au cœur du Mining Indaba qui a eu lieu la semaine dernière au Cap.

    De notre envoyé spécial au Cap,

    Le ministre des Mines congolais, Louis Watum Kabamba, se défend de « brader » le potentiel minier de la RDC en signant cet accord sur les minerais stratégiques avec Washington. Aux dernières nouvelles, la balle est dans le camp américain, qui analyse une liste de projets transmise par Kinshasa :

    « Il y a toute une panoplie de projets pour lesquels nous avons arrêté une liste convenue avec les États-Unis. Quand je dis projets, il n'y a pas que dans les mines. Dans l'agriculture, dans l'énergie, dans l'assistance technique, etc. Cette liste va être mise au-devant du secteur privé américain pour que les parties intéressées puissent se prononcer dans un bref délai. Peut-être dans les prochains jours ou les prochaines semaines. Nous nous mettrons ensemble maintenant pour aller dans ces projets et voir comment nous pouvons structurer des partenariats et des financements. »

    Dans les projets qui paraissent avancés et qui font grand bruit : les 40% d'actifs que Glencore pourrait céder aux Américains. Un plan pour « soutenir les ambitions du gouvernement américain avec l'approvisionnement en deux minerais critiques », selon l'entreprise. On parle ici de cobalt et de cuivre. « Glencore ne se retire pas. Si un accord est conclu, nous avons pleinement l'intention d'être majoritaires et de conserver le contrôle. Il s'agit en réalité d'un signe de confiance de la part des investisseurs américains soutenus par l'État américain concernant les actifs de cuivre en RDC », précise Mark Davis, le PDG de Glencore en Afrique.

    À lire aussiAccord sur les minerais États-Unis-RDC: de quels projets parle-t-on?

    Les banques locales, un acteur stratégique

    Sur le terrain, les acteurs financiers sont en ordre de bataille. Même si ces accords sont encore très opaques, Jean-Eric Matunga, de la Rawbank, précise le rôle des banques locales congolaises. Le directeur en charge des financements structurels était à Washington en octobre dernier.

    « Le dialogue est permanent entre les investisseurs, les acteurs locaux et les banques. On joue notre rôle d'intermédiaire d'une manière assez poussée. Parce que ces capitaux, qui viennent vers la RDC, il faut pouvoir les orienter, mais il faut pouvoir aussi les structurer en fonction des réalités locales, mais aussi des connaissances de la réglementation. C'est là que les banques locales jouent un rôle clé de catalyseur et de connecteur entre ces capitaux qui doivent venir pour pouvoir les structurer et les rendre potables à la réalité locale », explique Jean-Eric Matunga.

    « ​​​​​​​On a des clients du secteur privé avec qui nous connectons les investisseurs américains, surtout pour pouvoir combler la phase de financement pendant la partie d'exploration avant le développement de la mine, qui est une phase critique », précise encore cet acteur bancaire. Si beaucoup d'acteurs du secteur s'enthousiasment de ces discussions avec Washington, dans le cadre du processus de paix entre la RDC et le Rwanda, aucun accord n'a jusqu'ici permis de mettre fin aux combats sur le terrain.

    À lire aussiSommet sur les minerais critiques à Washington: que faut-il retenir pour la RDC?

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  • Afrique-Émirats arabes unis: un boom des relations commerciales émiriennes sur le continent
    Feb 16 2026
    Burkina Faso, Gabon, RDC… La liste des États où les Émirats arabes unis investissent s’est allongée ces derniers mois. Les annonces de financements d’infrastructures se multiplient. Abou Dhabi, acteur dont l’implication dans certains conflits régionaux fait polémique, s'est néanmoins imposé comme un partenaire commercial incontournable ces dernières années. Comment analyser cet attrait des gouvernements africains pour ce partenaire ? Travail sur la filière or, construction du port commercial de Banana à l’embouchure du Congo, accords commerciaux sur 6 000 produits… Julien Paluku, ministre congolais du Commerce, rentre d’une visite très fructueuse d’Abou Dhabi : « Nous exploitons une disponibilité qui est à même de devoir nous accompagner aux côtés d'autres partenariats que nous avons tissés avec d'autres pays à travers le monde. » Abou Dhabi s’est imposé comme l’un des principaux partenaires commerciaux de la RDC, car l’un de ses points forts provient de sa capacité à investir dans les projets. « Pour qu’elle se développe après la Deuxième Guerre mondiale, l’Europe a bénéficié d'un plan Marshall. Des milliards de dollars ont été investis pour que l’Europe puisse recouvrer sa santé », rappelle le ministre. « Et donc la RDC aussi, après tous ces moments de turbulences, est à la recherche de capitaux frais et se dirige vers des capitaux frais. Et les Émirats arabes unis constituent une destination importante où les capitaux sont disponibles pour pouvoir échanger avec nous et transformer notre potentiel en richesse. C'est donc dans ce sens que nous nous tournons vers les Émirats arabes unis », explique-t-il. À lire aussiLa RDC et les Émirats arabes unis ont signé un accord économique global à Abou Dhabi Les Émirats adoptent « une approche business to business » De nombreux dirigeants africains se sont succédé à Abou Dhabi ces derniers mois. Pour Oscar Lafay – ex-consultant senior de chez Deloitte, la percée des Émirats arabes unis est nette. « Ce qu'on observe avec cette percée émiratie, c'est la fin d'un monopole des puissances traditionnelles, analyse l’expert. En quatre ans, ils sont devenus le premier investisseur du continent avec plus de 110 milliards d'euros injectés. Et ils sont devenus en effet le grand argentier, là où le FMI ou les banques de développement sont plus lentes. » Autre aspect plus politique, les Émirats ont l'avantage d'avoir la neutralité postcoloniale. « C'est un grand atout puisqu'ils n'ont aucun passif historique sur le continent et ils proposent donc une approche business to business qui est très attrayante pour les différents acteurs africains », poursuit Oscar Lafay. « Et enfin, ils ont un pragmatisme transactionnel, avec une agilité pure qui leur permet d'investir là où les autres ont peur, comme récemment au Burkina, où les questions sécuritaires ou politiques ne leur font pas peur », souligne-t-il. À lire aussiKinshasa mise sur un partenariat avec Abou Dhabi pour reprendre la main sur l’or de l’Est de la RDC Un puissant réseau d’entreprises détenu par l'État Et pour faire avancer cette ambition, les Émirats s’appuient sur leur puissant réseau d’entreprises : « Il faut comprendre que ce réseau d'entreprises est finalement un réseau étatique, puisque l'influence aux Émirats arabes unis d'Abou Dhabi sur le business est très puissante. Et donc ces entreprises sont des leviers pour le pouvoir émirati afin de s'implanter durablement en Afrique. Ce qui est important avec les entreprises émiraties, c'est de comprendre leur capitalisation. Souvent plus de 20 à 30 %, voire plus, du capital est détenu par l'État. Donc, dans ce cas-là, ces entreprises sont des leviers étatiques. » Les Émirats arabes unis semblent bien déterminés à profiter du contexte international de recomposition des partenariats commerciaux et de la baisse drastique de l’aide publique au développement. À lire aussiLe président Randrianirina en visite à Abu Dhabi pour «promouvoir une diplomatie économique offensive»
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  • Au Sénégal, le secteur des vêtements haut de gamme ne connaît pas la crise
    Feb 15 2026

    Au Sénégal, s’il est un secteur qui résiste à la crise, c’est celui du luxe. Confectionnés à Dakar, les vêtements et accessoires haut de gamme créés par les stylistes sénégalais font mouche grâce à une clientèle africaine et internationale.

    Avec notre correspondante à Dakar,

    Derrière la porte d’entrée, un appartement aux gigantesques baies vitrées, vue sur la mer et la mosquée de la Divinité. Bienvenue chez Solo Studio, une marque de sac à main de luxe créée par une ex-cadre de l’agro-industrie, Nogaye Diop. Sur une table en verre, quatre sacs à main sont exposés, trois en cuir rose, blanc et rouge, avec une anse en forme de corne d’animal et de coquillage Cauri. « On est une marque artisanale, explique Penda Niang, cheffe des ventes, on produit petit à petit, tout est fait à la main par des artisans ici au Sénégal. »

    Créée il y a 3 ans avec des sacs entre 775 dollars (430 000 FCFA) et 980 dollars (545 000 FCFA), la marque se fait repérer sur les réseaux sociaux à l’étranger. La clef du succès vient avec « les célébrités qui ont fait connaître la marque : Selena Gomez, Jenna Ortega… Ça a créé un essor sur les réseaux sociaux, poursuit Penda Niang, ça a propulsé notre marché américain, sud-africain, français… » Car si partout au Sénégal la consommation de produits haut de gamme a plutôt baissé depuis deux ans, le carnet de commandes de Solo Studio, lui, continue de grimper.

    À écouter dans 8 milliards de voisinsComment favoriser l’émergence du luxe en Afrique ?

    Encore trop de barrières douanières

    Fatima Zahra Ba, elle, a créé la marque So’Fatoo, en plein cœur de Point E. En 12 ans d’existence, elle est devenue une référence, en confectionnant des vêtements de cérémonie qui associent la tradition du boubou à des coupes occidentales. Mais ici aussi, même constat : si l’activité au Sénégal a baissé depuis deux ans, la recette pour survivre, pour Fatima Zahra Ba, c’est l’exportation. « On a multiplié les partenariats avec les revendeurs, explique-t-elle. On a aussi su s’adapter en créant de nouveaux produits moins chers, des produits d’appel pour toutes les personnes qui aiment la marque mais qui n’avaient pas forcément les moyens de se procurer du So’Fatoo. »

    Si l’année 2026 commence mieux que l’année 2025 en termes de vente, Fatima Zahra Ba est catégorique : les marques sénégalaises pourraient croître avec beaucoup plus de facilité s'il y avait moins de barrières douanières. « Il y a des frais de douane à l’entrée de l’Union européenne et aux États-Unis, ce qui fait que le produit revient beaucoup trop cher pour les clients étrangers. » D’autant que la matière première qui sert à So’Fatoo à fabriquer ses vêtements doit être importée, en l’absence d’industrie du textile et de transformation, pour l’heure, du coton sénégalais.

    À lire aussiLe coton invendu s'accumule et impacte tout les maillons de la chaîne

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  • Congo-Brazzaville: malgré des avancées, les agriculteurs se sentent abandonnés
    Feb 12 2026

    Sur la plaine de Bambou Mingali, agriculteurs, pêcheurs et éleveurs ont exposé leurs produits lors d’une foire dédiée au retour à la terre. Un symbole de diversification économique dans un pays encore dépendant du pétrole, mais où les producteurs dénoncent le manque de soutien de l’État.

    De notre correspondant à Brazzaville,

    Ignames, poivrons, concombres, ciboules, pastèques, poissons fumés et bœufs sont alignés sous les hangars dressés sur un parc d’exposition et de vente de 10 000 hectares. Les stands, venus des quinze départements du Congo, témoignent du dynamisme du monde rural.

    Présent pour annoncer sa candidature à la prochaine élection présidentielle, le chef de l’État, Denis Sassou-Nguesso, a mis en avant la relance de l’agriculture, un axe qu’il défend depuis cinq ans. Il a salué l’engagement des exploitants et assuré vouloir renforcer leur accompagnement.

    « Aujourd’hui, les résultats sont là. À travers tout le pays, le monde agricole s’est levé. Et nous sommes très émus », a-t-il déclaré.

    Des producteurs en quête de soutien

    Sur le terrain, le discours officiel contraste avec le ressenti de certains exposants. Jean-Bosco, à la tête d’une coopérative de développement agricole dans le département du Congo-Oubangui, dans le nord du pays, se dit « délaissé ».

    « Nous œuvrons avec nos propres forces et nos propres mains. Depuis près d’une décennie, nous travaillons, mais nous n’avons jamais eu l’assistance de l’État. Nous avons des agréments provisoires, les documents nécessaires pour gérer l’agriculture, mais nous n’avons jamais vu la présence de l’État », déplore-t-il.

    Malgré ces difficultés, certaines initiatives locales portent leurs fruits. Le groupement coopératif « La terre, notre remède », dont fait partie Bertrand Gamin Okana, a réussi à transformer l’igname de Gamboma, autrefois culture saisonnière, en production annuelle.

    « Avant, on pensait que l’igname ne pouvait être cultivée qu’une ou deux saisons. Nous avons essayé toute l’année, et ça donne. Alors nous avons décidé de continuer ainsi », explique-t-il. La culture se développe sans engrais spécifiques, grâce à la fertilité des sols et au climat favorable.

    Depuis cinq ans, le Congo expérimente la politique des zones agricoles spéciales. Mais le pays reste fortement dépendant des importations alimentaires, qui lui coûtent près de 700 milliards de FCFA par an, soit plus d’un million d’euros.

    À lire aussiAu Congo-Brazzaville, début de la récolte de maïs dans la zone agricole protégée de Bouansa

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